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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 20:09

Et voila ma petite nouvelle pour l'ATI du forum Autres Mondes. Le thème de cet ATI était Glaces Galactiques et l'Infini Intersidéral. J'ai eu des avis qui me disait que c'était court et que ça manquait d'approfondissement, mais c'est limité à 6000 signes (espaces compris).

 

Bonne Lecture.

 


La fin

 

    Hope vient de s’éteindre. Je suis donc la dernière survivante.
Je ne me sens pas la force d’évacuer son corps. À quoi cela servirait donc ? Cela fait longtemps que j’aurai pu être une arrière-grand-mère si mes enfants avaient vécu. Je vais donc la laisser dans cette chambre. Ce sera son ultime tombeau.
D’un certain côté, ma vieille amie est chanceuse. Moi, je me retrouve seule, dans cet immense vaisseau vide, dans cette ville spatiale vide, qui avait pour but de nous conduire sur une nouvelle planète. Malheureusement, cette mission ne sera jamais accomplie.
J’étais une adolescente quand notre voyage s’arrêta brusquement. Les savants qui avaient organisé ce formidable exode, ce début de colonisation universelle, n’ont pas été assez brillants pour prévoir l’impensable. Sûr d’eux, ces derniers n’ont pas été en mesure de considérer l’espace, l’univers infini, comme une route sans risque. Il fut un temps où les automobilistes savaient qu’un danger pouvait surgir du bas-côté. Mais pour les scientifiques, il n’y avait aucune chance pour qu’un obstacle surgisse sur notre voix. Quelle erreur !
Mes parents, tous jeunes adultes, avaient été les « chanceux » à prendre place dans cette aventure qui devait permettre à l’humanité d’entrer dans une nouvelle ère, celle de la conquête de l’Univers ! Ce dont des auteurs de romans ou des cinéastes avaient rêvé, les savants le réalisaient. Je n’ai donc jamais connu la Terre, cette mère patrie dont j’avais tant entendu parler à l’école et mes parents. Je suis née et j’ai toujours vécu dans cet ogre technologique, ce vaisseau de l’Avenir. Moi, je devais être celle qui donnerait naissance à une nouvelle humanité, sur une planète sœur. Cela était convenu dès le départ : ceux qui partiraient avaient peu de chance d’arriver à destination, tant ce voyage était long. Ce serait leurs enfants qui auraient à remplir cette mission colonisatrice. Mais le jeu en valait la chandelle. C’était sans compter ce drame ! Cet obstacle sur le bord de la route.
Je devais avoir quinze… ou seize ans, quand notre ville spatiale fut percutée par un titanesque bloc de glace. Non, cela ne convient pas, c’était plutôt une mer gelée galactique ! Les savants n’avaient pas prévu que des objets stellaires de cette taille pouvaient se mouvoir ainsi dans l’immensité vide. Porter par des vents cosmiques, cette immensité s’était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, celui où nous passions justement par là.
Ce fut le premier drame qui endeuilla notre communauté puisqu’une partie du vaisseau a été broyé et que des milliers de personnes ont été aspirés par le vide extérieur. Je ne suis jamais allée dans cette partie de la ville, mais certains disaient que des corps avaient été immédiatement pris dans les glaces et que l’on pouvait toujours les voir.
Cette collision fut aussi une catastrophe, car elle avait détruit l’endroit où se trouvaient tous les moyens de communication, ceux qui devaient nous permettre de joindre la Terre une fois arrivée et ceux pour notre usage personnel sur notre nouvelle planète.
Mais cela aurait pu paraitre anecdotique comparé à la tragédie dont nous fûmes toute victime, mettant ainsi un terme à notre rêve de colonisation. Notre vaisseau se fit prendre dans les glaces. À l’image des explorateurs des pôles Nord et Sud, notre voyage s’achevait ainsi. Sauf qu’ils ne nous étaient impossibles de fuir cette épave gelée.
Prisonnier de cette mer de Glace, notre ville se mit peu à peu à dévirer de sa trajectoire. Nous ne faisions plus qu’un avec cette mer, condamnée à errer dans le vide de l’Univers. J’avais près de quarante ans quand je saisis que cet endroit serait ma tombe. Jamais de ma vie je n’aurais pu connaitre une terre… D’autre l’avait compris et accepter avant moi, ce qui entraina nombre de drames personnels et collectifs. Certains se suicidèrent, gagnés par le désespoir. D’autres, pris de folies, décimèrent à coup de poison, d’armes et de mot les esprits les plus fragiles. Si bien que notre population diminua rapidement.
Ils avaient peut-être raison… De toute façon, nous étions condamnés à mourir sur notre arche. Nous étions des Noé qui jamais n’atteindraient les terres émergées.



Je regagne mon habitat. C’est un bout de couloir que j’ai aménagé une fois que le nombre de survivants fut si minime que notre ville était devenue inutile. J’ai choisi un endroit calme, un peu éloigné du lieu où les autres vivaient. Un long et épais rideau, cousu à partie de nombreux vêtements antifroids, me servait à la fois de porte d’entrée et de mur. Cela donnait un air vagabond à mon antre, un esprit bohémien. À l’intérieur de mon petit nid, il n’y avait guère plus qu’un lit, un fauteuil, une vague cuisine ainsi que le nécessaire pour se chauffer. Si j’ai choisi, c’est endroit, c’est à cause de l’immense baie vitrée. Je peux y voir l’Univers, avec une galaxie ou deux au loin, et les bras de glace qui enserrent le vaisseau. J’observe souvent, avec une étrange sérénité, cette étendu de vide qui s’offre à moi.
Installé face à ce décor de rêve, je me demande ce qui va advenir de moi. Je vais mourir, de cela, je n’en doute pas. Mais que faire en attendant ce moment ? Je suis seule. Les animaux sont morts bien avant les humains.
Je pourrais prendre des médicaments, ou me pendre, comme beaucoup l’ont fait. Mais je n’en ai pas le courage. Malgré un sort couru d’avance, j’ai envie de vivre. Drôle de sentiment, drôle de désire quand l’on est dans ma situation. C’est peut-être là un reste d’instinct, celui de vivre à tout prix. Ou peut-être est-ce une incroyable force vitale ?
Quoi qu’il en soit, je suis la dernière.

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Autres Mondes...
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 19:08

 

J'ai présenté ce texte pour l'AT des Éditions du Petit Caveau, "Vampire malgré lui". Sans surprise, le texte n'a pas accepté. Mais c'est sans regret ! Je peux vous le mettre ici !

 

J'en profite pour remercier les Éditions du Petit Caveau pour l'attention qu'ils ont porté à mon texte, ainsi qu'au commentaires qu'il m'ont livré sur cette nouvelle. Merci !

 


Ressemblance

 

Aujourd’hui, les gens s’imaginent que les vampires masculins sont de beaux et musculeux jeunes hommes tout droit sortir du collège…enfin, du lycée mais personnellement  je ne vois pas toujours la différence ; pour les femmes, qu’elles sont des hybrides entre des mante-religieuses et des stars du X. Cependant, la réalité n’a rien à voir avec cette vision fictive et très sexuelle des vampires. Il faut dire que nos aînés, les « transformateurs », tombent plus souvent sur des gens au physique banal, pour ne pas dire disgracieux, que sur des mannequins. 

En ce qui me concerne, ma vie de vampire aurait pu être normale si, bien sûr, on peut considérer comme normale ce genre d’existence. Malheureusement pour moi, ce n’est pas le cas. Voilà le tableau.  

Lorsque j’étais encore humain, j’appartenais au mouvement hippie : assez grand, corpulence normale, cheveux longs et barbe châtains. Mon mode de vie était basé sur l’harmonie avec la nature : manger biologique, fumer des pétards, boire un peu de bière en refaisant le monde avec mes amis autour d’un feu pendant qu’une demoiselle grattait les cordes d’une guitare. Et en plus, j’étais végétarien. Quand je suis devenu vampire, cela m’a posé quelques problèmes. Imaginez donc ! Un jeune homme, d’une trentaine d’années, avec des fleurs dans les cheveux et un collier peace&love, des lunettes rondes à verres roses, qui avait des haut-le-cœur à la simple vue du sang et qui ne mangeait pas de viande, condamné à ce nourrir, comme une bête, à la gorge de son ancienne espèce. Le drame. Et en plus, j’adorai l’ail.

Mais ça, ce n’est pas le pire. Me concernant, il y a quelque chose d’encore plus dramatique, de bien plus humiliant pour un vampire. Je possède une caractéristique physique qui fait de mon un être un peu à part et, surtout, ridicule.

En effet, mes transformateurs n’ont pas hésité à me scarifier avant de me changer en créature de la nuit, histoire d’empirer un peu plus mon cas. Ma particularité ne leur avait pas échappé quand ils m’ont attaqué. Et c’est surement pour cette raison que j’ai été une pauvre victime. Les vampires gardent à jamais l’apparence physique du moment de leur mort.

Dans notre population, nombreux sont ceux qui ont des défauts physionomiques. Par exemple, le vieux John n’a plus de dent. Vous me direz que ce n’est pas bien malin de la part des aînés de l’avoir vampirisé. D’ailleurs, beaucoup ont des problèmes de quenottes : un seul croc, trois crocs ; certaines canines sont tordues, d’autres sont sur la mandibule ; parfois les dents sont trop petites ou trop longues... Il y a aussi ceux à qui il manque un membre. Mon amie Johanna, elle, n’a qu’une main. Elle galère, la pauvre, pour chopper des proies. Idem pour Gérard. Ancien surfeur, son bras s’est fait emporter par un requin en Australie. Parfois, je me demande si les vrais manchots, ce ne sont pas les vampires transformateurs qui mordent n’importe qui ! Dans le même ordre d’idée, Vanina est aveugle et Harold est dans fauteuil roulant.

Il y a aussi tous les vampires qui ont des soucis d’ordre psychologique. C’est assez courant que les nouvelles recrues féminines soient hématophobes. Sur ce point-là, je ne dirai pas grand-chose, car moi aussi, j’ai eu du mal à me faire à la vue du sang. Toujours chez ces dames, elles sont nombreuses à ne pas supporter de ne pas pouvoir avoir d’enfants. D'autres pètent des câbles à force de vivre la nuit.

Mais moi, mon problème, d’ordre corporel, est bien pire que tout ce que je viens de vous énumérer. Oui, bien pire, car il nuit à la fois à ma réputation de vampire et à mon intégrité physique. Il faut que vous sachiez que lorsqu’on devient vampire, on garde l’apparence du moment de notre mort. C’est pour cela que très souvent, mes semblables essayent de ne pas nous en prendre aux enfants. Car contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas évident de trouver une proie quand on ressemble à Candy. Comme je l’ai dit plus haut, quand je suis devenu ce que je suis, j’étais hippie, avec les cheveux longs et la barbe.

Mon souci est que je ressemble à Jésus.

Oui, oui. Jésus Christ ! Le fils de Dieu. Le mec à moitié nu qui se balance sur une croix dans toutes les églises du monde ! Le mec dont tout le connait la tête même s’il n’est pas chrétien ! Le mec qui incarne le bien, le pardon et tout le tralala ! Le mec qui est l’extrême opposé du vampire !

C’est à lui que je ressemble. Et pour finir avec le comble du ridicule, car oui ma situation est ridicule, mes transformateurs ont pris soient de m’affliger toutes les stigmates du Christ avant de m’achever ! Ce qui fait que j’ai des trous sur mes paumes de mains, sur le dos de mes pieds, une entaille sur le flanc, des lacérations dans le dos et des piqures sur le front. Que du bonheur !

Je vous laisse donc imaginer l’épreuve qu’a été mon intégration au monde vampirique. Je fus la risée de tous mes confrères et consœurs. Premièrement, il a fallu que je me débarrasse de ma répulsion pour le sang et que j’accepte de m’en nourrir. Pas facile pour un végétarien. La seconde étape a été me faire accepter par mes congénères. La grande majorité des vampires, surtout les anciens, ne portent pas la religion dans leur cœur et Dieu encore moins. Visiblement, ce dernier existe, mais je ne m’étendrai pas sur ce sujet. Le seul truc que je sais, c’est qu’il n’a pas forcément grand-chose à voir avec ce que racontent les livres saints. Bien que la majorité d’entre elles ne soient pas vraiment méchantes, les petites remarques désagréables du genre étaient : Jésus, tu touches du bois, Jésus, comment va le paternel, Jésus tu ne me présenterais pas ta mère, Jésus patati, Jésus patata, ont été un vrai calvaire. Et encore, je vous cite les piques les plus sympathiques.

L’ultime épreuve fut de réussir à « tromper » mes victimes. Pour illustrer mes propos, je vais vous raconter cette mésaventure qui m’est arrivée dans un petit village espagnol. Comme vous le savez peut-être, la religion chrétienne est très présente au pays du Real Madrid. Donc comme je disais, j’étais dans un petit patelin paumé au milieu de nulle part. En plein été, il est généralement facile de se faufiler dans une habitation, mordre discrètement une victime – un vieux la plupart du temps — et de repartir comme si de rien n’était. Ha oui, pendant que j’y pense. L’idée que les vampires ne peuvent pas pénétrer dans les maisons sans y être invités, c’est du bidon ! Il y a pas mal de choses qui sont fausses nous concernant.

J’arpentais donc les petites ruelles dans l’espoir de trouver une fenêtre ouverte pour aller me nourrir. Bizarrement, il y avait un éclairage public et malgré l’heure tardive, il fonctionnait encore.

C’est là, ô surprise, que je vois une vieille déboulée d’une maisonnette. Et c’est là que le drame a commencé !

Pile à ce moment-là, je me trouvais sous le halo d’un réverbère. Vous le voyez, la catastrophe ? Une vieille, un mec qui ressemble à Jésus Christ nimbé de lumière…

Nous nous sommes regardés un moment, aussi stupéfaits l’un que l’autre. Jamais de toute ma vie, je n’ai vu quelqu’un autant ouvrir les yeux. J’ai bien cru qu’ils allaient tomber. Puis elle s’est mise à trembler de tout son corps. Ses genoux plièrent sous. Ses bras se levèrent dans ma direction. Je peux vous dire que je ne savais comment réagir. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Quoiqu’il en soit, je ne m’attendais pas à cela.

« Jésus ! » m’a-elle dit les yeux brillants, d’une voix hésitante.  Puis la vielle s’est mise à parler de plus en fort pour en arriver au hurlement !

Jésus !! Jésus Christ !! Elle répétait sans arrêt ce nom. C’est alors qu’ils sont tous jaillir de leur maison, les villageois. Tout comme je n’avais pas vu cette ancienne sortir de nulle part, les autochtones ont surgi de partout !

Et moi, toujours dans le halo du lampadaire, je les voyais arriver sans pouvoir bouger. J’étais trop…stupéfait pour bouger le moindre petit doigt. C’est quand j’ai commencé à sentir des dizaines de mains qui me tripotaient un peu partout que j’ai émergé de mon état second. Ce fut alors la panique ! Que faire ? Je n’allais pas exterminer tout un village espagnol parce qu’une vieille bigote m’avait pris pour Jésus Christ ! M’échapper en courant me paraissait une bien meilleure option. Restait à la mettre en place. Une foule d’une centaine de personnes m’encerclait. J’ai alors eu une idée lumineuse (c’est le cas de le dire). J’ai pris un air sérieux. Du moins, le plus sérieux que j’ai pu puisque j’étais assez décontenancé. Comme dans les représentations iconographiques du Christ, j’ai levé ma main droite en signe de paix. Les villageois ont immédiatement cessé de me toucher et ont braqué leur regard sur moi. Puis, comme Moïse l’avait fait avec la Mer Rouge, j’ai ouvert la foule d’un geste de bras. Et par je ne sais quel miracle, ça a marché. Un chemin dégagé était apparu devant moi. J’ai alors marché comme si de rien n’était au milieu de gens. Ils m’observaient avec un étrange mélange de joie, d’étonnement et d’admiration. Beaucoup d’anciens pleuraient de joie.

Mon objectif était simple : gagner la sortie du village, faire quelque chose pour détourner l’attention de mes « adorateurs » et prendre la fuite. Car, je ne m’y trompais pas, cette bande de mouton me suivrait comme si j’étais leur berger.

Une fois hors du patelin, je cherchais un moyen de m’éclipser sans que tout le monde ne me voie m’enfuir. Je décidais donc de rester dans mon rôle de fils de Dieu. Je m’arrêtais, je me retournais et je levais le doigt pour désigner un point invisible dans le ciel nocturne. Comme un seul homme, tout le groupe se tourna vers l’endroit que je montrais. Il ne me fallut pas plus de quelques secondes pour bondir dans la forêt qui longeait la route.

Avec le recul, j’aurai bien aimé voir la tête de tous les gens quand ils ont dû se rendre compte que j’avais disparu. J’ai appris, plus tard que de nombreux pèlerinages avaient lieu dans ce village…

Voilà le donc le type de mésaventures qui m’arrivent régulièrement. Heureusement pour moi, elles ne sont pas dangereuses, mais me laissent souvent sur ma faim.  

Pour finir avec ma pauvre condition de sosie de Jésus Christ, je dirai juste que quand j’étais humain – histoire de m’enfoncer tout seul — je m’appelais Jérôme Champion. J.C.


Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 14:46

Voila mon texte pour le concours d'automne du forum Autres Mondes, sur le thème "Dans les couleurs des écoles la nuit".

 


Enfermement

 

« Quand j’étais enfant, je rêvais de me faire enfermer, la nuit, dans mon école, histoire de me faire peur. Il faut dire que j’étais très intrépide et audacieuse. Malheureusement, je n’avais jamais pu rendre se désir réel.

Mais aujourd’hui, je suis une adulte et ce soir, je suis enfermée dans mon université. Ah !, le rêve. Je me suis cachée dans un coin à l’abri des regards. J’ai attendu plus de minuit, car j’ignore s’il y avait des gardiens la nuit. Je vais avoir trois bâtiments, B, A et N, rien qu’à moi ! Les trois espaces sont reliés entre eux par des couloirs de verre et forme une sorte de S. Un peu de quiétude aussi. Je supporte mal la compagnie des autres. Je trouve ma vie fade et sans intérêt comparer aux leurs. De toute façon,  personne ne vient jamais me parler.  

 

J’ai enfin pu parcourir les couloirs vides. Mon exploration nocturne a commencé par le bâtiment B, celui que je fréquente le plus assidument, celui où se trouvent mes amphis préférés et les salles de cours à l’étage. Tout est silencieux. Malheureusement, tout n’est pas aussi sombre que ce que j’aurai espéré. En effet, les lanternes des issus de secours sont puissantes et diffusent leurs lumières dans les couloirs. Mais au final, cela n’est pas déplaisant puisque cela me donne des frissons : mon ombre m’effraie.

J’entends le bruit de mes pas résonner dans ce vaste espace vide que je connais habituellement grouillant de monde. Je m’amuse à marcher, à m’arrêter pour faire résonner l’écho. Je prends garde à chaque recoin de peur de tomber sur un vigile. Je ne suis pas sûr qu’il y en ait. Mais bon, cela donne du piquant à la nuit.

Soudain, alors que je suis à l’étage, je perçois des bruits de pas. Ce ne sont pas les miens puisque je suis assise tranquillement à terre. Un gardien ? Je cherche, aussi silencieusement que possible, à me dissimuler. Si je me fais prendre, je vais payer mon excursion nocturne très chère auprès de l’administration. Le couloir dans lequel je me trouve ne se prête guère à une partie de cache-cache. Alors, je me rends discrètement vers la petite aile centrale du bâtiment B. Ici, je pourrai facilement voir arriver la sécurité.

Cela fait un bon moment que les pas se font entendre. Mais personne à l’horizon. Cependant, j’ai l’impression que des ombres se déplacent autour et non loin de moi. Par moment, j’ai l’impression d’être la proie d’un prédateur, un peu comme dans les vieux films d’horreur ou de vampire que j’affectionne tant.

 

Cette fois, j’en suis sûr. Il y a un autre abruti qui s’est laissé enfermer dans le bâtiment et qui cherche à me faire peur ! Je suis sûr que ce n’est pas un vigile. J’ai ouvertement manifesté ma présence et l’ombre ne s’est pas approchée. Si je chope ce neuneu, je lui éclate la tête ! Il gâche ma nuit ! Voilà pourquoi je n’aime pas les autres, ils me déçoivent sans arrêt !

 

Folle ! Je crois que je deviens dingue ce coup-ci !

J’ai poursuivi l’ombre. Je voulais, vraiment savoir qui était cet idiot qui m’avait tant fait sursauter. Mais c’est elle qui m’a trouvé. Et… ho mon dieu. Au début, j’ai cru rêver, être la victime d’une hallucination. Mais quand j’ai senti ses mains sur mes épaules et son souffle glacé sur ma nuque, j’ai su que j’étais bel et bien dans la réalité.

Cet homme qui m’a agressé dans le bâtiment, c’était Dracula ! Ou Christopher Lee, tant il ressemblait au personnage du film de la Hammer. Mais l’acteur est bien trop âgé pour arpenter la nuit les couloirs de ma petite fac… Et qu’est-ce qu’il foutrait là ?

Comment expliquer correctement ce que j’ai vu sans que l’on me prenne pour une folle ? Je l’ignore. Je crois que c’est impossible…

Quand j’ai compris qu’il allait me bouffer, j’ai détalé comme un lapin. J’ai carapaté jusqu’aux escaliers, j’ai descendu les marches quatre par quatre. Je le sentais derrière moi. Avec ses grandes jambes, chacune des ses enjambés valent deux des miennes.

J’ai réussi à le semer lorsque j’ai pénétré dans le bâtiment A, en passant par le passage vitré qui relie les deux bâtiments. Ce dernier ne semble pas pouvoir passer d’un lieu à l’autre sans y être invité. Cependant, en cas de doute, je suis allée me planquer dans le bâtiment N, accolé au A grâce à un couloir neuf.

Malheureusement, j’étais autant en sécurité à cet endroit qu’un agneau au milieu de loups enragés. Si l’apparition de Dracula-Lee m’avait effrayé comme jamais je ne l’avais été, que dire de l’apparition du bât N. Comme dans le film, j’ai d’abord vu son ombre se déplacer sur un mur… Nosferatu. Puis, je l’ai vu, lui. Pendant un bref instant, je ne me suis pas demandé pourquoi je ne m’étais pas laissé sucer le sang par Dracula-Lee…au moins, lui il était bel homme.

Une nouvelle fois, j’ai fui. Je ne savais plus quoi faire. Le bâtiment A m’apparaissait comme le seul refuge possible. Et encore, sur qui allais-je tomber ? Lord Rutheven ? Carmilla ? Prise de panique, je suis allée m’enfermer dans les toilettes. Je regardais ma montre : 3 h du matin. Au pire, les premières personnes arriveront à 6 h. Il me fallait tenir encore de longues heures.

Suis-je devenue folle ? Y a-t-il des vampires dans mon université ou ma peur me fait-elle mes pires angoisses ? Non, je ne peux pas avoir rêvé. Je les ai vus tous les deux. J’ai senti Lee contre moi…

 

Mon dieu, j’entends des pas qui viennent par ici. Je ne vais pas m’en sortir !

 

Article issu du journal local :

“Mort suspect à l’Université.

Une jeune femme d’une vingtaine d’années a été retrouvée morte hier matin dans la fac de lettre […] La victime avait les poignets tailladés, laissant penser à un suicide. Cependant, d’autres marques laissent penser qu’elle aurait pu être assassinée […] Ces camarades de promotion la décrivent comme une étudiante discrète et très renfermée sur elle-même.”

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Autres Mondes...
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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 17:50

Je vous propose ma nouvelle "La fée qui tourna mal". Je l'ai proposé à l'AT de la Revue du Chat Noir sûr le thème des femmes fatales, mais elle n'a pas été retenue. 

 

Sinon, je tiens à dire qu'il y a des choses volontairement provocantes dans cette nouvelle et qu'elle ne sont pas forcément le reflet de ma pensée.

 


 

« Dans tous les contes de prince et de princesse, il y a toujours eu trois bonnes fées. Mais saviez-vous, mes chers enfants, qu'il y a bien longtemps, ces étranges et douces créatures étaient au nombre de quatre ?

Non ? Vous l’ignoriez ? Cela n’a rien d’étonnant. Beaucoup de gens, surtout des hommes bien pensants – comme on dit — ont voulu la faire complètement disparaître les récits évoquant cette dernière. En l’effaçant des textes et des bouches, elle s’estompait des mémoires. Et surtout des esprits — j’insiste sur ce mot — des femmes. Car là était bien le but de ce gommage volontaire. Cette fée était un personnage que l’on ne pouvait pas décemment laisser accompagner les rêves des petites filles et les espoirs des demoiselles. » 

           

            « Quand un enfant, de la noblesse la plupart du temps, vient au monde, les parents font toujours de grandes fêtes pour célébrer cet événement. Si c’est un garçon, il ne se passe rien de bien exceptionnel. Les fées assistent aux festivités, sans faire plus de cérémonies. Elles se contentent de souhaiter – et je dis bien souhaiter — force et courage au nouveau-né. Mais, hélas !, quand c’est une fille, les choses se gâtent. Car attention, une fille doit remplir certaines obligations pour être une bonne fille. C’est pour cette raison que les trois fées leur font ces dons : beauté, belle voix et mains habiles.

Commençons par la beauté. Première chose essentielle, car une belle fille pourra plus facilement être mariée, avec une dote pas très importante – enfin, il faut relativiser. Une moche ne pourra qu’avoir une forte dote pour que quelqu’un la prenne pour femme. Car il faut le dire, un homme préfère toujours avoir un joli morceau dans son lit qu’un ramassis informe de chair. Eh oui, que voulez-vous mes enfants, on vend plus facilement une belle fleur qu’un buisson de ronce. Je ferai juste remarquer qu’un jeune homme n’a pas besoin d’être beau, car lui, personne ne le vend. Il peut donc être laid à souhait, il trouvera toujours un père pour lui donner la main d’une de ses filles.

Ensuite, une belle voix. Une dame, outre son devoir conjugal, doit aussi pouvoir divertir son mari, son seigneur. Mais comme elles ne peuvent pas faire preuve d’esprit. Imaginez donc, une femme qui pense !, on les laisse pratiquer une activité que même la plus sotte pourrait accomplir : le chant. D’où l’intérêt d’avoir un organe émettant de sublime sonorité. Là encore, nous voyons que ce don va dans le but de satisfaire un homme. Qu’apporte ce don à la demoiselle ? Pas forcément grand-chose.

Et pour terminer, les mains habiles, car on juge les talents d’une femme à sa capacité à tisser. Cependant, j’ai du mal à comprendre pourquoi le tissage est quelque chose de si grandiose aux yeux des nobles. Jamais une gente demoiselle ne fabriquerait de vêtements pour son époux. Au mieux, cela lui permettra d’avoir un semblant d’activité.

            Alors, dites-moi les enfants, que pensez-vous de ces trois dons ? Vous ne savez pas ? Et bien moi je vais vous le dire. Les jeunes filles deviennent de belle marchandise que l’on vend et que l’on dresse pour servir correctement un homme qui ne verra en elle distraction et objet de prestige à exhiber. Qu'est ce que peut espérer une femme dans sa vie ? Rien. Elle ne peut que prier que son père lui trouve un mari et que ce mari lui donne des fils. Car jamais une femme n'est maîtresse de sa propre vie. Elle est l’esclave des hommes. D’abord de son père, puis de son époux et enfin, une fois veuve, de ses fils. En aucun cas, elle ne pourra vivre comme elle le souhaite. Une femme ne peut diriger sa vie. Si le cas contraire se présente, même si elle est fille de roi, elle sera mise au ban de la société, traiter en paria, en monstre. Voyez comment les gens parlent des amazones. Ces fières guerrières qui refusaient la domination des mâles. Tueuses d’enfants, être barbares qui se mutilent, prostituées qui couchaient avec des hommes hors mariages, sorcières, etc. … »

 

            « Comme je le disais au début de mon récit, il y avait une quatrième fée. On tenta de la faire disparaitre, car elle voulait changer l’avenir des femmes.

Quand elle offrait des dons avec ses camarades, elle donnait la patience. Mais à force de regarder ses petites filles grandirent, être vendues à des hommes plus âgés, cruels, laids, qui les engrossaient pour avoie des fils et les voir mourir malheureuses, elle interrogea ses aînées.

_ Mes sœurs, voyez ces pauvres filles. Ne pourrions-nous pas leur faire d’autre don ?

_Que voulez-vous dire ? demanda la plus âgée.

_ Ne pourrions-nous pas leur donner les clés de leurs propres vies ?

_ Vous n’y pensez pas ma chère ! répondit la cadette en riant aux éclats. Les femmes seraient incapables de mener correctement leurs vies. Elles ont besoin des hommes pour cela !

_ Justement, nous pourrions faire en sorte qu’elles fassent les bons choix.

_ Nous pourrions, nous pourrions… Cessez de dire cela ! Nous sommes des fées ! Notre rôle est de faire en sorte que nos protégées aient la meilleure vie possible. Sous la tutelle de leur père, de leur époux et de leur fils, elles vivent heureuses et pleinement.

_ Mais mettre des enfants au monde, obéir et se soumettre ne sont pas les seuls buts d’une vie. Il y a tant d’autres choses qu’elles pourraient faire !

_ Et quoi donc ? Questionna la seconde. Voudriez-vous qu’elles fassent de la politique, la guerre ? Qu’elles errent dans les tavernes en compagnie d’hommes ? Voudriez-vous qu’elles pratiquent des activités d’hommes ? S’offusqua-t-elle.

_ Pourquoi pas ? répondit naïvement la fée rebelle.

Ses sœurs furent choquées par ces propos.

_ Mais vous n’y pensez pas ! s’exclama l’ainée. Ce serait la fin de l’humanité ! Si les femmes cessent de servir leur époux et qu’elles partent à la guerre, il n’y aurait plus de naissances ! Et plus personne ne pourrait élever les enfants ! Les royaumes s’effondreraient ! Comment pouvez-vous concevoir qu’une femme soit honorée par plusieurs hommes hors mariage ? Vous les transformeriez toutes en catins ! 

Les trois fées continuèrent d’argumenter pour tenter de montrer à la petite dernière pourquoi les femmes doivent rester à la place où elles sont.

Si un jour les femmes prenaient le pouvoir, se libéraient des hommes, tout sombrerait dans le chaos. Ces dernières, faibles de par leurs conditions, ne sauraient gouverner, labourer des champs, fondre le métal, faire la guerre. De plus, comme cela avait déjà été dit, elles cesseraient de faire des enfants. Les plus jeunes seraient voués à une mort certaine, car nul ne s’occuperait d’eux. Toutes morales disparaîtraient dans un monde de débauche.

Et les hommes, que deviendraient-ils ? Devront-ils se rabaisser à élever des enfants ? À s’occuper de la maisonnée ? Si les femmes se refusaient à eux pour ne pas avoir d’enfant, est-ce qu’une partie d’eux seraient condamnés à s’abaisser au niveau des femmes en étant pénétrés par la seconde moitié des mâles dans le fol espoir de donner la vie ?

            Plus la quatrième fée écoutait ces discours, plus la colère montait en elle.

_ Mes sœurs, comment osez-vous proférer de telles paroles ? ! Nous sommes aussi des femmes, devons nous aussi nous soumettre à la volonté d’un homme ? Pourriez-vous le tolérer ?

_ Mais, ma petite, répondit la plus âgée comme si cela était normal, nous sommes des fées. Les choses qui s’appliquent aux humains ne s’appliquent pas à nous. 

Cela était de trop ! Elle cessa de s’exprimer et garda sa rancœur en elle. Un jour, elle savait qu’elle prouverait à ses camarades qu’elles avaient tort ! »

 

            « À l'insu des autres, la fée rebelle se pencha sur des centaines de berceaux. Elle donnait de l’esprit aux petites filles. Il fallut quelques générations pour que les premières femmes montrent de vrais signes de rébellions envers les hommes. D’abord, ce fut des veuves qui se mirent à prendre les rênes de leur seigneurie. Puis, les demoiselles refusèrent d’épouser des hommes qu’elles ne connaissaient ni n’aimaient. Certaines se mirent à forger, à montrer à cheval, à faire la guerre… Mais elles avaient du mal à s’imposer dans le monde des mâles.

Quand les fées se rendirent compte de ce phénomène, elles convoquèrent leur cadette.

            Pas une seule fois la rebelle se vacilla sous les reproches.

_  Regardez, certaines ont mené des vies calmes, d’autres ont marché sur les chemins des hommes. Les enfants continuent de naitre ! Les femmes font leurs propres choix. Elles prouvent qu’elles sont capables de faire des choses que l’on désignait comme masculines. De  plus, certaines ont prouvé qu’elles étaient plus fortes que certains hommes ! Elles font les travaux des champs, élèvent leurs enfants et s’occupent de la maisonnée. Ces femmes-là ne recherchent nullement l’aide d’un époux ou d’un frère. Un homme qui se retrouve seul s’empresse de reprendre femme pour se délester du poids que sont les enfants. Et vous parlez de courage et de force chez les mâles ? répondit la fée rebelle.

Puis elle continua son plaidoyer. Les femmes ne sont pas inférieures aux hommes. Il se pourrait même qu’elles leur soient supérieures en de nombreux points ! Dois-je rappeler qu’une mère dans un foyer fera la double journée même si elle est épuisée. Un homme non. Une femme porte des enfants avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Une grossesse et un accouchement ne sont pas rien. On peut en mourir. Un homme peut bien se plaindre que son épouse avorte, mais ce n’est pas lui qui sera soumis à diverses contraintes pendant neuf mois. Ce n’est pas lui qui devra assumer d’être rejeté par les autres parce que l’enfant n’est pas issu d’un mariage. Ce n’est pas lui non plus qui verra un être vivant sortir de son corps. Il est facile de se plaindre de quelque chose que l’on ne fait pas. Une jeune fille de dix-huit ans vierge, c’est très bien. Au même âge, un garçon puceau est une honte. Les choses vont dans le même sens concernant les conquêtes. Un homme multipliant les filles dans son lit sera admiré, une femme sera traitée de putain. 

De plus, les hommes ont toujours eu tendance à vouloir soumettre ou détruire ceux qui sont plus puissants qu’eux. Cela pourrait expliquer qu’ils aient soumis les femmes. Car, soyons honnêtes, physiquement les hommes sont plus puissants. Se montrant jaloux du pouvoir inné des femmes, ils les rabaissèrent pour mieux les contrôler. Ainsi, ils pouvaient flatter leurs ego : j’ai soumis plus fort que moi. Avec le temps, cet ego fut conservé, car les hommes ne jurent que par leurs virilités. Attaquez un mâle sur ses attributs, vous verrez immédiatement une réaction agressive de sa part.

            C’en était trop ! Les trois fées ne pouvaient plus rien entendre des paroles de leur consœur. Celle-ci avait mal tourné et n’aillait plus dans le sens des choses normales et correctes. Elles la chassèrent. La rebelle était devenue une sorcière. Mais la triade était dans impossibilité de faire disparaître leur ancienne partenaire. Alors, elles se rendirent dans les royaumes, dans les temples ou en toutes places où les oreilles des hommes bien pensants pourraient les aider. C’est ainsi que cette fée fut traquée, que les femmes qui s’émancipaient furent brûlées. Les femmes qui se posaient des questions étaient sévèrement punies.

 Mais les graines du changement et de la liberté étaient semées. Même si elle devait périr de la main d’un homme craignant de perdre son pouvoir ou d’une femme intellectuellement esclave de cette société, elle savait qu’un jour les femmes pourraient vivre en faisant leurs propres choix et qu’elles deviendraient les égales de leurs homologues masculins. Peut-être même qu’elles leur deviendraient supérieures… »

 

            « Vous voyez, mes enfants, aujourd’hui encore, il faut se battre pour mener notre vie comme on l’entend. Regardez autour de vous, et vous verrez que, même si l’on crie à l’égalité, tout va le plus souvent en faveur des hommes. Il faut continuer de croire que la fée-qui-a-mal-tournée continu son travail parmi nous. »

 

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 21:38

J'avais écrit ce texte pour l'appel à texte "Contes Macabres". Mais comme je n'ai aucune nouvelle et que la maison d'édition à couler, je mets ce texte en ligne.

De toute façon, c'est pas avec ça que j'aurai eu une petite publie.

 

*****

La comptine.

 


Pilleur de cimetières est un bien vilain métier, mais il rapporte beaucoup. Avec d’autres camarades d’infortunes, Gaspard allait encore commettre un acte qui lui vaudrait une excommunication si les curaillons apprenaient ce que les autres et lui faisaient. Il comprenait que violer des sépultures était un manque de respect envers ses semblables et envers Dieu. Mais les temps étaient durs. Sans travail depuis des mois, il lui fallait nourrir ses mômes et sa femme qu’il avait encore engrossée. De plus, le prix du pain avait considérablement augmenté depuis que la peste ravageait le sud du royaume. Impossible de grappiller ne serait-ce qu’un vieux quignon de pain rancit chez le boulanger. Les prêtres avaient beau lui répéter d’être patient, de prier et d’espérer, il ne pouvait plus se limiter à ces activités. L’espérance et les prières ne remplissent pas les estomacs des enfants.

Le groupe de pauvres hères s’était discrètement donné rendez-vous près d’une petite église, aux murs épais et aux petites fenêtres en pierre grise. Certains se donnèrent bonne conscience en brûlant quelques cierges dans l’étroite nef, devant l’autel. Gaspard en connaissait quelques-uns. Des hommes tout aussi démunis que lui, n’ayant comme seul but d’offrir une vie plus confortable à leurs familles. Avant de quitter les lieux, alors que le clocher sonnait les onze heures, ils se signèrent tous. Silencieusement, telles des ombres, le groupe se mit en marche. Celui qui menait l’équipée portait un grand sac en lin sur l’épaule. Il avançait d’un pas sûr. Personne ne savait comment il s’appelait, on le nommait juste « Le Dépouilleur ». Quand on était dans la misère et que seul un sale boulot pouvait nous sortir d’un mauvais pas, c’est lui qu’on allait trouver. Ce vil personnage préparait plus de la moitié des mauvais coups de la ville. Cependant, son domaine de prédilection était la profanation. Il savait toujours tout de ce qui se tramait sur les potences, dans les hospices et les prisons. Partout où la Mort sévissait. Malheureusement, les petites gens n’avaient pas beaucoup d’intérêt à ses yeux, car leurs familles, s’ils en avaient, ne mettaient rien de précieux dans les cercueils. Au mieux, un petit chapelet ou une belle chemise. L’Église avait interdit, depuis des années, les dépôts d’offrandes dans la dernière demeure des morts. Mais ces vieux rites païens persistaient. Ce qui pouvait être très intéressant quand c’était des riches — simples bourgeois ou nobles — qui étaient mis en terre. Bijoux, tissus fins, objets de valeurs. De quoi permettre aux malheureux de se remplir la panse ainsi que celles de leurs marmots.

            Une dizaine de personnes suivait Le Dépouilleur, en silence. Ils ignoraient où ils se rendaient. Leur meneur n’était pas du genre à révéler ses plans à l’avance. Peut-être craignait-il que des rivaux ne lui chipent ses idées ? Mais d’après ce qu’il avait dit, le coup de ce soir allait être royal.

Gaspard avançait, sans rien dire, une pelle de bois jetée sur l’épaule. Il n’aimait pas ce travail. Cependant, les cris de ses enfants affamés lui torturaient l’esprit. Il n’en pouvait plus. Ce n’était pas la première fois qu’il effectuait cette tâche. La dernière fois, le pilleur avait pu nourrir ses petits pendant plus de trois mois. Sans travail ni argent, il ne pouvait faire autrement.

            La nuit était épouvantable. Le froid mordait les hommes aux mains et au visage. Certains s’amusaient avec la vapeur qui sortait de leurs bouches. Un petit moment de plaisir avant l’horreur. Le brouillard tombait. À l’heure du rendez-vous, ce n’était qu’un simple voile. Maintenant, il ne permettait pas de voir à plus d’une centaine de mètres. Si cela continuait, ils allaient tous arriver dans une véritable purée de pois. Ce serait pratique pour ne pas être vu par un gardien. Avec les pillages à répétition, l’Église payait des hommes, généralement des fils de bourreaux ou croque-morts, en leur promettant le salut, pour monter la garde dans les nécropoles.

 

            Après de longues minutes de marche, le groupe de pillards arriva au cimetière. Gaspard n’était jamais venu en ce lieu. Le Dépouilleur les mena vers un bout de mur qui s’était effondré. Impossible de passer par la grille principale, un gardien veillait. Là, il donna ses consignes. Toute une famille de très riches bourgeois avaient été mis en terre, peut-être victime de la peste du sud ou d’une autre maladie, deux jours auparavant. D’après ses informations, les femmes portaient de sublimes bijoux et les hommes de grandes soieries. La recherche des tombes n’allait pas être facile. La brume s’était définitivement abattue et on ne voyait pas à plus de cinq mètres devant soi. Le lieu consacré était immense. Avec une aussi faible visibilité et un large terrain à couvrir, les investigations prendraient du temps. Heureusement, la terre retournée devait être encore facilement repérable. Les pierres tombales, en belle pierre polie, ne permettaient pas d’identifier les sépultures : aucun d’entre eux ne savait lire.

Quand Le Dépouilleur entra dans le lieu sacré, certains hommes hésitèrent à le suivre. Surpris par l’attitude couarde de son équipe, l’homme les injuria de tous les noms d’oiseaux imaginables. Un pilleur expliqua alors les raisons de cette hésitation. Il était presque minuit. Des profanateurs avaient disparu alors qu’ils effectuaient leurs sales besognes. De plus, les bruits racontaient qu’un démon arpentait les allées des cimetières, qu’il happait les audacieux qui profanaient les sépultures. Ces mystérieux événements avaient lieu aux alentours des douze coups de minuit. Un autre homme surenchérit en affirmant que le démon prenait une voix d’enfant pour attirer ses proies.

Le Dépouilleur rejeta en bloc ces dires. Depuis le temps qu’il parcourait les nécropoles, jamais il n’avait entendu de mômes pleurnicher, ni perdu de camarades. Il fit d’ailleurs remarquer qu’aucun d’entre d’eux n’étaient obligés de le suivre. Après un moment de réflexion, les hommes entrèrent, Gaspard aussi.

Ce dernier ne croyait pas aux racontars de bonne femme. Des rumeurs lancées par les gardiens des cimetières ou les curés pour éloigner les pillards tout au plus. Il y avait aussi des histoires de morts-vivants, de mangeurs de suaires. Foutaises. Si les prêches des religieux ne suffisaient pas à faire fuir les intrus, les légendes populaires le feraient peut-être. Mais comme Gaspard disait souvent : les prêtres passent leurs temps à sermonner, mais ce ne sont pas eux qui remplissent les ventres de leurs pauvres brebis.

 

            Le froid les agressait de plus en plus. Gaspard avait les lèvres gercées et les doigts gelés. Il aurait dû prendre des mitaines. Une seconde laine aurait aussi été nécessaire. L’effort en creusant les tombes le réchaufferait.

Le pilleur avançait prudemment, car il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Pendant un moment, il suivit Le Dépouilleur avant de le perdre de vue. Cela ne le gêna pas, mais il aurait préféré rester en compagnie de quelqu’un. Le mélange brouillard, minuit et cimetière ne le rassuraient guère. Même s’il ne croyait pas aux contes, des craintes insensées apparaissaient dans son esprit. Cela lui arrivait à chaque fois qu’il participait à un pillage. Soudain, le bruit des cloches retentit au loin. Gaspard sursauta, surprit. Il entendit quelques cris provenir de diverses directions. Le carillon en avait effrayé plus d’un ! Son cœur battait à toute vitesse. Il sentait le sang taper dans ses tempes. Le profanateur poussa un soupir de soulagement. Pendant une fraction de seconde, son esprit avait imaginé mille horreurs. Il reprit ses recherches. Il espérait surtout que le gardien n’avait rien entendu.

            Le dernier coup venait à peine de sonner quand un épouvantable hurlement déchira le silence. Mais cela n’avait rien à voir avec ceux dus à la surprise. Là, c’était de la frayeur, de l’épouvante. Quelque chose s’était produit. Mais quoi ? Gaspard espérait que ce ne fut qu’une blague de mauvais goût entre pilleurs. De toute façon, il ne pouvait en être autrement.

Il y eut un second cri de terreur. Puis un troisième. Puis un quatrième. Puis le calme revint aussi vite qu’il avait été rompu. Gaspard avait peur maintenant. Il ne croyait pas à l’existence d’une créature venue d’un autre monde. Le gardien devait semer la terreur. Si c’était un fils de bourreau, il pouvait très bien se balader avec sa cagoule ou une grande hache. Le pillard hésita à détaler pour éviter de se faire prendre. Il prit la décision de continuer pour ses enfants affamés.

            C’est là qu’il l’entendit.

Na na na. 

Une petite voix de gamine qui chantonnait. L’air ressemblait à celui d’une comptine. Gaspard se retourna, dans la direction du chant. Avec le brouillard, il ne vit personne. Mais la chanson se déplaçait en même temps que lui.

Na na na. 

Armé de sa pelle, le pilleur marchait lentement pour éviter une surprise brusque. Mais la voix le suivait. S’il y avait quelqu’un près de lui, ce dernier le voyait. Gaspard avançait à pas de loup, personne n’aurait pu le détecter. Pourtant celui qui fredonnait ses na na na y parvenait. Le profanateur voulut interpeller son poursuivant, l’avertir qu’il avait une pelle et qu’il n’hésiterait pas à s’en servir. Il préféra finalement s’abstenir. Quitter le cimetière lui parut une solution bien plus raisonnable. Cependant, il ignorait où il se trouvait exactement. S’il continuait tout droit, il finirait bloqué par un mur. Il n’aurait plus qu’à l’escalader.

Na na na.

La comptine ne le lâchait pas. Elle le poursuivait. Gaspard se sentait comme un animal traqué. La voix semblait se mouvoir autour de lui, comme un fauve qui tourne autour de sa proie. Il haïssait cette sensation. À un moment, la brume se dissipa. Le profanateur pouvait voir à plusieurs dizaines de mètres autour de lui. Il examina les environs. Rien, personne. 

Soudain, une ombre se dessina dans le brouillard. Une fine silhouette. Elle s’approchait de Gaspard, tout en continuant son chant. Na na na.

Une fillette ? Comme née des ténèbres, une gamine vêtue d’un haillon noir, avec de longs cheveux tout aussi sombres qui tombaient devant son visage apparu. Sa bouche se mouvait, émettant les na na na qui effrayaient Gaspard. Ses pieds étaient sales, couverts de blessures comme après une longue marche.

            Le pillard s’étonna de cette étrange vision. Il se souvint des histoires de ses camarades, mais il n’y croyait toujours pas. Tout cela n’était qu’une mise en scène pour terroriser les visiteurs malintentionnés. Pauvre enfant. Quel cruel sort que celui d’arpenter les cimetières en pleine nuit pour faire fuir des solides gaillards.

-Que fais-tu là ma petite ? demanda Gaspard même s’il connaissait la réponse.

La gamine ne répondit pas. Elle continuait sa comptine. Na na na. L’homme lui posa d’autres questions, mais cette dernière ne changea pas d’attitude. Cet étrange comportement glaça le sang de Gaspard. Il commençait à douter.

-Je vais m’en aller, lui dit-il avec une boule dans l’estomac.

La fillette cessa de fredonner. Un frisson parcourut l’échine du pilleur de tombes. La frayeur le gagna quand il vit le sourire carnassier de la gamine. Sa bouche s’était anormalement allongée, dévoilant de petites dents blanches taillées en pointes. Avec les mèches tombant sur le visage de la petite, Gaspard avait l’impression de ne voir que cet épouvantable sourire.

            Pris de panique, il lâcha sa pelle et détala. Le brouillard s’était de nouveau épaissi. Le pillard ne voyait rien devant lui. Plusieurs fois, il trébucha. Il courut aussi vite que ses jambes le lui permettaient.

Na na na.

La chansonnette se poursuivait.

Na na na.

Paniqué, en sueur, Gaspard ne parvint pas à se remettre sur ses pieds après sa dernière chute. Il rampa entre les tombes, puis se cacha derrière un mausolée. Mais il entendait toujours la comptine.

Tremblant de tout son être, le profanateur se mit à prier. Il implorait Dieu de lui venir en aide. S’Il y consentait, Gaspard promettait de ne plus jamais profaner de sépultures. Il récita frénétiquement le « Notre Père » et le « Je Vous Salue Marie Pleine De Grasse ».

-Les prières ne te serviront à rien, hi hi hi, ricana la fillette.

Celle-ci venait de sortir du brouillard, comme une ombre. Son sourire carnassier ornait toujours son pâle visage.

 

            Le lendemain matin, un corps de garde arriva dans un énième cimetière en compagnie de plusieurs curés. Depuis l’aube, cet étrange rassemblement avait arpenté les zones de repos des morts. 

Un des pilleurs de tombes, en état de choc, avait été découvert tremblant de peur au pied d’un autel, priant à perdre haleine, alors que les premiers rayons du soleil illuminaient l’horizon. Il confessa au religieux qui le trouva qu’un groupe d’hommes s’était aventuré dans un cimetière pour piller. Il criait des noms, ceux de quelques camarades qu’il avait reconnus. Parmi eux, il y avait celui de Gaspard. Il parla aussi d’une chose horrible, un démon venu de l’enfer, qui les avait attaqués et décimés.

Sur ces déclarations, le bourgmestre et l’archevêque avaient ordonné que toutes les nécropoles de la ville soient inspectées et bénites. Le pillard fou, ignorant où il s’était rendu, ne put indiquer le site exact.

            Le gardien, un homme de très grande taille, le visage patibulaire accueillit d’un mauvais œil cette assemblée. Il officiait généralement comme bourreau dans le quartier. Il avait toujours fait parfaitement son travail, que ce soit celui d’exécuteur ou de veilleur. Aucun profanateur n’avait visité son domaine depuis des lustres. De plus, il se sentait fatigué. Contrairement à ces invités bien prompts à lui faire des reproches, il n’avait pas beaucoup dormi de la nuit.

-Avez-vous remarqué des choses étranges ces derniers temps ? demanda un curaillon.

-Pas qu’je sache monseigneur », répondit-il froidement.

Sans l’écouter, les hommes en armes pénétrèrent dans le lieu sacré avec les religieux.

Cachée derrière son père, une fillette aux longs cheveux couleur ébène regardait ces étranges invités entrer dans la nécropole.   

 

         

 

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles
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Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 21:35

Et voilà mon texte pour le concours du forum Autres Mondes, sur le thème du voyage en mer. J'en suis pas super satisfaites, mais peine un peu avec les nouvelles ces derniers temps....

 


Figure de proue

 

 

Les marins sont très prompts à dire que les femmes, sur un bateau, ça porte malheur. Cependant, aucun d’entre eux n’aurait le courage de dire la même chose à mon sujet. Pourtant, ma forte poitrine, dure comme du bois, ne laisse aucun doute sur mon sexe. Mais voilà, moi je ne suis pas une humaine.

Je suis la figure de proue.

 

Aujourd’hui, c’est l’effervescence sur le port. La Santa Maria, la nef dont je suis l’humble gardienne, se prépare à partir, en compagnie de deux autres caravelles, la Niña et la Pinta. Un homme, dont le nom m’échappe (je ne suis qu’une statue de bois après tout !) souhaite relier les Indes via le côté ouest du monde. Et il a bien raison ! Mais seulement, il n’arrivera pas là où il souhaite. Si les êtres humains ignorent ce qu’il se trouve là-bas, nous, les figures de proue, nous savons. Les innombrables créatures qui hantent les eaux des océans nous murmurent tant de choses que nous avons connaissance des terres émergées. Chaque île, chaque continent, chaque atoll ou chaque iceberg nous sont connus.

C’est donc le temps des en revoir sur le quai. Les hommes qui embarquent ne sont nullement rassurés. Pour eux, c’est la fin du monde qu’il y a à l’Ouest. Ils s’imaginent que d’immenses chutes d’eau les conduiront dans le néant… Quelle drôle d’idée. Les humains sont vraiment étranges. D’un autre côté, ceux du continent inconnu de ces chers Européens pensent que les Dieux arriveront de ce côté-ci… S’il seulement ils pouvaient savoir quels malheurs vont leur tomber dessus.

Donc, je disais que je vais bientôt voir mon ancre remontée et mes voiles larguées. Lors d’un départ comme celui-ci, ou un autre tout ordinaire, les marins regardent toujours vers leur patrie, leur terre. Nous sommes seulement deux à tenter de voir par delà l’horizon : le capitaine et moi. De toute façon, même si je le souhaitais, je ne pourrai pas le faire regarder en arrière. Je suis fixée sur la proue de ma nef, la face vers l’avant. Impossible pour moi de jeter un dernier coup d’œil pour dessus mon épaule. Je ne connais donc pas ce sentiment que l’on ressent quand on est sur le départ, quand on quitte son foyer. À quoi bon se tourner vers ce que l’on connait, quand un monde, un univers ne demandent qu’à être découvert ! Comme un enfant qui franchit une colline pour voir ce qu’il y a de l’autre côté, je suis toujours heureuse de partir à la poursuite de l’horizon. Certes, mes marins sont toujours un peu effrayés ou anxieux, mais c’est parce qu’ils ne comprennent pas le plaisir de ce départ.  

           

            Et voila, l’océan à perte de vue ! Rien d’autre que le bleu de l’eau et du ciel. Les premiers dauphins sont venus surfer à mes côtés. Ils me racontent les dernières nouvelles : naissance de monstres de légende, disparition de navires, résultats des batailles. Au Nord, les orques se portent à merveille. Les mères sont heureuses de leur progéniture, les phoques se sont abondement reproduit, la nourriture est foisonnante. De l’autre côté de l’Afrique, des requins ont dévoré quelques hommes tombés à l’eau. Encore plus loin, un typhon ravage les côtes des petites îles. Tout au Sud, là où la glace est reine, les poulpes géants se sont rassemblés. Ils s’interrogent sur la possibilité de remonter vers le Nord pour s’en prendre à quelques navires. Ah !, ils aiment ça ces petits salopiauds. Saisir les embarquassions pour les entrainer vers le fond et jouer avec les cadavres. Parfois, dissimulés, ils naviguent en compagnie des bateaux sans les couler. Certains d’entre eux aiment passer leurs tentacules collants et gluants sur ma poitrine. Sur ce point-là, ils ne sont pas différents des hommes…

Sur mon pont, les marins ne sont pas encore trop sur les nerfs. Ils savent qu’il est encore possible de rebrousser chemin vers le vieux continent, comme bientôt ils l’appelleront. 

            Les nuages sont bien noirs. La tempête arrive vite ! Des poissons m’ont avertie de la catastrophe qui venait vers nous. Malheureusement, je ne peux pas donner l’alerte à mes marins. Bon, je sais que la vigie l’a aperçu. Le va-et-vient sur le pont le confirme.

Les voiles ont été remontés, les cordages resserrer… Elle arrive.  

La pluie martèle mon bois, tout comme les vagues qui me percutent sur le flan. Le vent est aussi coupant qu’un ciseau à bois. Les hommes se battent pour que le navire garde son cap. Mais cet évènement ne va pas améliorer les relations équipage-capitaine. Les marins pensent toujours aller vers la fin du monde. Si seulement je pouvais leur annoncer que la terre n’est plus tellement loin ! Encore une semaine, voir un peu plus, et ce sera la fin du voyage.

 

            Et voilà ! Elle est là ! La vigie l’a repéré peu avant que les marins ne se mutinent contre Colomb (je me souviens enfin de son nom ! Ah, la mémoire de poisson rouge). La fin du voyage ! Moi, qui n’ai pas le plaisir de regarder en arrière, je suis toujours très émue de voir ma destination. C’est un étrange sentiment d’arriver en un lieu connu que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Mais cela est encore plus enivrant quand on ne sait pas où l’on arrive ! Ah, c’est magique ! Tous nos repères sont absents, il faut nous en faire des nouveaux. Mais moi, je ne pourrai pas connaitre la sensation de fouler un sol inconnu (des hommes européens, bien sûr).

            Les chaloupes sont à la mer, les marins s’en vont. Pour moi, le voyage est bel et bien terminé. Je ne peux regarder ces hommes partirent vers un autre voyage…

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Autres Mondes...
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 13:53

Et voila le texte que j'ai rédigé pour concours de Plume Imag'in Air sur le thème de la mer et des océan.

 


 Tin-Ki

 

            Je n’étais qu’un jeune homme, mousse, sur l’Étoile du soir, bâtiment mandaté par le roi Louis XV pour découvrir et explorer les îles du Pacifique, lorsque cette étrange aventure changea ma vie.

Quel âge avais-je à l’époque ? Seize ans ? Dix-sept peut-être… J’ignore ma date de naissance. Je vie le jour dans une mansarde de Nantes énième rejeton d’une pauvre fille mariée trop jeune et d’un alcoolique violent. Mes parents n’ont jamais pu nous élever, mes frères et sœurs et moi. Ma mère, écrasée par les coups et les grossesses, ne bougeait que peu du lit, tandis que mon père s’enivrait dans les tavernes du port, à dépenser le peu d’argent qu'il gagnait.   

Alors dès que j’ai pu, j’ai fui cette misère humaine en me faisant engager sur un navire à destination du bout du monde. Je n’étais pas très costaud pour mon âge à cause des diverses carences. Mais ma robustesse plut au second de l’Étoile du soir qui me prit à son bord.

Être mousse sur un tel bâtiment, avec des marins aguerris aux voyages, n’est pas une promenade de santé. Les tâches les plus ingrates, comme vider les pots de chambre, c’est pour vous. Il faut aussi ajouter les brimades des autres membres de l’équipage. J’ai de peu échappé à mon « baptême » grâce à l’aide du second. Ce dernier de pouvait tolérer que ses hommes se livrent à la pédérastie sur le navire. Aujourd’hui, je lui suis reconnaissais. Mais j’avoue ne plus me souvenir de son nom.

 

            Après des mois de voyage et de nombreuses escales, qui émerveillaient mes yeux et mes sens, nous fûmes pris dans une épouvantable tempête. Jamais de toute ma vie, je n’avais rien vu de pareil, même dans mes pires cauchemars. Sur le pont, les hommes courant dans tous les sens. Mais pour être honnête, je ne me souviens plus de ce qui s’est passé. Je crois qu’une gigantesque vague a heurté le navire et m’a précipitée contre le sol. Puis j’ai perdu connaissance.

 

Je suis revenu à moi le lendemain matin, il me semble. Le soleil brillait haut dans le ciel et c’est sa douce chaleur qui m’a tiré de mon inconscience. J’étais étendu sur une plage de sable blanc. Les vagues venaient recouvrir mon corps endolori les unes après les autres. Autour de moi, des restes d’Étoile du soir jonchaient la plage : morceaux de voiles, caisses éventrées, lattes de bois. Il y avait aussi des hommes. Morts. D’autres vivants, parcourait fouaillaient les débris à la recherche de survivants ou d’objets utiles.

Me voir vivant parut ravir les marins sains et saufs. Chaque rescapé était une victoire, chaque décès était une défaite. Mais nous n’étions pas nombreux à être encore en vie. Moins d’une quinzaine. Quelques blessés n’allaient probablement pas passer la nuit. L’envoyé du roi, un homme que je n’avais jamais vu, avait été emporté par la tempête. Notre capitaine, lui, avait survécu, mais était mal en point. C’était un vieil homme.

L’Étoile du soir s’était échouée sur un récif, au large de l’île. On pouvait voir la coque éventrée, les mâts brisés. L’image de cette épave, qui aurait pu être ma tombe, me marqua à jamais. J’avais énormément de peine. Quand on vit pendant des mois sur un navire, on finit par le prendre pour une personne à part entière, dont la figure de prou est sa représentation.

L’île sur laquelle nous nous trouvions était immense ! Cependant, personne ne semblait la connaitre. Elle n’apparaissait sur aucune carte. Même si la tempête nous avait fait dévirer, nous n’avions pas pu être déportés aussi loin que notre cap original. La plage blanche s’étendait sur des kilomètres. Un petit groupe prit la décision de la longer pour l’explorer. C’est ainsi qu’ils découvrirent les autochtones. Fort heureusement pour nous, ils furent aimables et accueillants. Cependant, leur aspect physique perturba bon nombre de marins : ils étaient tous blancs, blonds (ou châtains clairs) et aux yeux bleus.

Au début, nous pensâmes qu’il s’agissait d’Européens dont le bateau s’était également échoué, des déserteurs ou des prisonniers débarqués sur place. Mais très vite, ces hypothèses furent écartées. Il nous fut impossible de communiquer avec eux : les indigènes de comprenaient aucune langue européenne. Français, anglais, espagnol. Un des survivants, suédois de naissance, nous confirma que nos étranges hôtes ne parlaient aucune langue de Scandinavie.

Ils vivaient dans des cahutes de bois dans une petite clairière dans la forêt qui bordait la plage. Les autochtones étaient tous très sympathiques. Ils nous offrirent leur aide sans la moindre peur. Un marin nous mit en garde. Durant l’un de ces précédents voyages, il avait vu des sauvages agir de la même manière avant de dévorer leurs malheureux invités. Mais la chance était avec nous, car ces indigènes n’étaient pas des anthropophages.

Hormis leurs aspects européens, un seul autre détail les différenciant des autres tribus des îles. Ils étaient dirigés par une femme. Et nous comprirent très vite que nous ne devions pas manquer de respect à toutes celles appartenant au sexe dit faible.

 

[…]

 

            Les marins, avec l’aide des indigènes, ont fabriqué un navire de fortune. La moitié des survivants de l’Étoile du soir ont pris la décision de retourner à la civilisation pour ensuite revenir porter secours aux autres. Ils auraient été préférables que nous partions tous, mais certains étaient gravement blessés et ne pouvaient pas reprendre la mer. De plus, notre capitaine avait attrapé la fièvre et ne pouvait pas être transporté.

Personnellement, je ne pouvais me résoudre à repartir. Cette île me fascinait. J’utilisais tout mon temps libre pour l’explorer. Notre camp se trouvait du côté de la plage qui cerclait la moitié de l’atoll. La seconde partie était bordée par une haute falaise blanche. Je n’y connaissais rien de pierre, mais à certains endroits, le sol s’était affaissé en d’immenses cratères que la mer avait envahis. Ces lieux, j’en comptais une dizaine, étaient simplement magiques ! On voyait les racines des arbres et des plantes grimpantes serpentaient le long des longues parois blanches. L’eau grignotait les pieds des falaises, formant de sublimes voutes au-dessus du liquide bleu azur. Parfois, une petite plage de sable fin émergeait au centre.

Le bleu du ciel, le vert de la forêt, le blanc des falaises, puis l’azur de la mer et encore la blancheur : mes yeux s’émerveillaient à chaque fois que j’arrivais à l’un de ces étranges puits naturels.

Pour être honnête, à l’époque, je me demandais si je souhaitais vraiment que de l’aide vienne nous récupérer. Avec des indigènes, j’avais construit ma propose hutte. Mon « chez moi » comme si je disais alors. J’avais aussi appris à pêcher tous les types de poissons qui fleuretaient dans le récif. Un jour, j’ai même assisté à une incroyable chasse à la baleine ! Les intrépides sauvages attaquaient ces énormes animaux avec de longs harpons de bois. À leurs risques et périls, ils plongeaient pour tuer les cétacés. Une fois la proie morte, ils trainaient la carcasse sur les récifs pour la dépecer.

Quelques chasseurs m’avaient également enseigné leurs techniques de traques aux cochons sauvages et autres gibiers présents sur l’île. Très vite, j’eus le plaisir de confectionner mon propre arc. Mais la machette que j’avais récupérée dans l’épave de l’Étoile du soir, j’avais tout le nécessaire pour survivre. Bref, je menais une belle vie. Je m’occupais aussi du capitaine que les fièvres ne quittaient jamais. Ce dernier délirait très souvent. Mais quand il était conscient, je pouvais passer des heures à l’écouter parler des légendes et de superstitions de la mer et des océans. Il narrait aussi ses voyages, ses aventures. Ces récits étaient peut-être la seule chose qui me donnait envie de partir : moi aussi je voulais une vie aussi palpitante.

 

            Un jour que je longeais la falaise d’un des puits, j’aperçus quelqu’un sur une  bande de sable. De loin, on aurait dit une jeune femme. Je fus fort surpris car les indigènes ne venaient pas dans cette partie de l’île. De plus, je ne voyais pas comment une personne aurait pu descendre dans un de ces cratères. Personnellement, j’avais essayé de m’y rendre à plusieurs reprises, mais je n’avais pas découvert de point d’accès par les falaises. Par la mer, je n’y étais pas parvenu non plus.

J’ai pensé dans un premier temps qu’une jeune indigène avait du glissé par mégarde dans le puits. Je me suis donc rapproché du bord pour la prévenir que j’allais prévenir les secours. J’ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour qu’enfin elle m’entende. Mais au lieu de montrer des signes de joie, elle sauta dans l’eau. Je la vis sur une très longue distance avant de disparaitre sous les roches de la falaise. Je dois bien avouer ma surprise, car je ne pouvais pas imaginer qu’on puisse avoir autant de souffle. Il devait donc y avoir un passage entre le puits et la mer.

En rentrant au camp, je parlais de cette étrange « rencontre » avec les autochtones –depuis notre arrivée, nous avons réussi à nous comprendre. Les hommes du village m’envoyèrent voir leur chef. Celle-ci écouta avec attention. Je n’ai pas tellement compris ce qu’elle me répondit, mais je devais éviter de m’approcher de ce qu’elle appelait « Tin-ki ». Je ne suis pas sûr de ce terme…il se rapproche du mot pour dire « raies » (les poissons). J’étais intrigué. Elle avait parlé de poisson, de raies, de jeunes filles, de l’océan…

 

            Pendant plusieurs jours, je suis retourné aux puits pour tenter de revoir mon étrange rencontre. Je me demandais si en fait, il n’y avait pas une seconde tribu sur l’île. Cela me paraissait possible à la vue de sa superficie. Mais mes visites furent infructueuses.

Il me fallut deux révolutions de lunes avant de revoir cette étrange apparition. Encore une fois, cette jeune fille – s’il s’agissait bien d’une jeune fille — se trouvait sûr une petite plage au centre d’un des gouffres.

Avec une longe vue que j’avais pu récupérer, je l’ai observé. Si j’avais bien en face de moi une « femme », je doutais très vite de son attribution à l’humanité. De loin et seulement avec mes yeux, je n’avais pas perçu ses traits anormaux. Pour commencer, sa peau était d’une étrange pâleur bleutée. Des algues –qui constituaient sa chevelure, mais je ne le saurai plus tard- se perdaient sur sa tête, comme si elle avait nagé dans une forêt sous-marine. Dans le prolongement de son dos, une sorte de queue – en cartilage, comme les raies- très fine reposait sur le sol. Je n’ai voyais pas plus lors de cette seconde rencontre. Mais son physique étrange ne s’arrêtait pas là. Ses mains, humaines, possédaient une sorte de sixième doigt, très très long. Cet appendice permettait de former des « ailes », à la manière des raies, qui allaient jusqu’à ses chevilles.

            Comme cette étrange créature, la Tin-Ki, revenait toujours dans le même puits, je pris la décision de fabriquer une corde pour descendre. Ces occupations me prenaient du temps. Tellement que je délaissais mon capitaine, toujours malade. Malgré cela, je pris la peine de lui narrer ce que je faisais. Ce dernier me mit en garde. Selon lui, cette « bestiole » pouvait être une sirène. Cette explication, bien qu’étrange dans cette partie du monde, pouvait expliquait pourquoi les indigènes n’allaient jamais de l’autre côté de l’île. Le terme de Tin-Ki était également un argument dans ce sens.   

Il me fallut plusieurs jours avant de pouvoir atteindre le fond du puits. La première fois que j’y suis descendu, la créature n’était pas présente. L’eau était étrangement chaude, bien plus que celle de la l’océan. J’avais presque l’impression d’être dans un lac, malgré les ouvertures dans la falaise. Sur la plage, les traces de passages de la Tin-Ki étaient encore présentes. À ce moment-là, je me suis demandé comment j’allais faire pour l’approcher sans qu’elle ne me voie. Si je restais sur la plage, elle ne viendrait pas ; si je descendais pendait qu’elle se reposait, elle me verrait arriver.

 

[…]

 

Après maintes tentatives, je suis enfin parvenu à approcher de l’étrange être. Cette dernière est d’une beauté envoutante. J’ai toujours en tête les mises en garde de mon capitaine qui parlait de sirène. Mais jamais aucun son n’est sorti de sa bouche.

 

[…]

 

Nous avons mis du temps pour nous appréhender. Mais maintenant, elle ne me craint plus. Bien au contraire, dès qu’elle me voit descendre le long de la corde, Tin-Ki (c’est comme cela que je la nomme) vient à ma rencontre.

Nous passons beaucoup de temps à ne rien faire, allongés sur la plage de sable blanc. Parfois nous nageons dans le puis. Mais jamais elle ne m’a invitée à passer du côté de l’océan. Je me questionne. Peut-être sait-elle que cela me sera fatal… Je ne sais pas. Cependant, j’aimerai aller vers les récifs, voir même au-delà…

 

[…]

 

Avec Tin-Ki, nous avons franchi la barrière de corail qui encercle l’île. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un cimetière de bateaux ! Jamais de toute ma vie, je n’ai vu autant d’épaves concentrées à un même endroit. C’était un spectacle fascinant ! Mais aussi terrifiant ! Comment ces navires sont-ils arrivés là ? Quand ? Et leur équipage ? Les autochtones ne pouvaient être des rescapés ! Sinon, nous nous serions compris.

Entre les lames des coques éventrées, je parcours les épaves, avec compagnie de Tin-Ki. Ils ne restent traces de la vie, si active, qui animait jadis les ponts et autres mats. Les algues et les coquillages recouvrent, et dévorent, le bois qui subsiste. Les poissons et autres créatures sont les seules âmes qui animent encore ce lieu de mort. Mais à la différence des nécropoles terrestres, celle-ci est…sublime. Presque plaisante. 

Après plusieurs plongées, je me suis aperçue que toutes les figues de proue ont disparu ! Pas une seule, même abimée ou fracturée, n’est présente. C’était comme si elle s’était…envolée. C’est étrange, car personnages de bois sont les protecteurs des marins. S’il a un bien une chose qu’il est presque impossible de dessouder d’un navire, ce sont bien ces belles dames ou musculeux hommes.

 

[…]

 

Suis-je un idiot ou suis-je simplement aveugle ? Des blancs qui parlent une autre langue. Une créature proche des sirènes. Un cimetière de bateaux. Comment n’ai-je pas vu cela avant ! Sur l’épave de l’Étoile du soir : sa figure de proue a disparue !

Tin-ki est LA figure de proue ! Et sur l’île les autochtones sont les anciennes figurent qui ont fini par vivre sur terre !       

 

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 20:34

Voila ma, petite, participation au Challenge Five de Caliope.

C'est court, mais le thème était vachement dur et je trouve pas mieux....


La bougie

 

 

Je gratte une allumette. Avec cette dernière, j’allume une bougie.

Je regarde la flammèche prendre vie. Puis, lentement, je contemple la cire fondre. Puis, lassée de ce spectacle, je souffle sur le feu qui disparait dans une éphémère volute de fumée.  

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 15:41

Le forum Autres Mondes organisait un concours intitulé "Terreur Hivernale". Voilà donc ma participation.

Je dois bien avoué que je ne suis pas une experte en terreur, ou même la peur pour aller au niveau en dessous. Mais j'espère, outre le thème, avoir fais un texte sympa. Bonne lecture.

 

 Ce texte a été le lauréat du concours Terreur Hivernale.



 

Journal de bord du 08 Janvier 1877,

Navire dans les glaces depuis trois jours. Equipage inquiet. Je fais de mon mieux pour les rassurer mais même le capitaine est méfiant. L’hiver arrive et s’annonce rude. Nous avons des vivres pour plusieurs mois. J’espère que la mer se dégagera bientôt.

Température très basse. Elle nous agresse jusqu’à l’intérieur des cabines. 

 

Journal de bord du 10 Janvier 1877,

Une tempête arrive. Le vent froid fait pencher le navire sur le côté et fait vibrer les cordages. Les craquements de la glace sont effrayants. On pourrait croire que le bois va se fendre sous la pression. C’est une étrange symphonie que nous offre les conditions climatiques.  

Equipage toujours inquiet.

 

Journal de bord du 15 Janvier 1877,

Cinquième jour de tempête. Un  mât menace de rompre. Blizzard épouvantable. Aucun marin n’a jamais rien vu de tel. En regardant par les hublots, j’ai l’impression de voir des ombres se mouvoir autour de la coque. Les cordes, sous l’effet du vent, semblent s’exprimer avec des voix venues d’ailleurs.

L’équipage parle de spectres de marins morts en mer. Ils ont de plus en plus peur. Les superstitions sont très vivaces dans le monde de la navigation. Si la tempête n’avait pas fait rage, je pense que quelques marins auraient déjà déserté en volant des traineaux.

 

Journal de bord du 17 Janvier 1877,

Accalmie, enfin. Je me demande si elle est  la bienvenue. Lorsque nous sommes sortis sur le pont, des traces étranges serpentaient entre les mâts. Des marins se sont mis à prier. Ils y voient l’intervention du Diable. J’ai tenté de les rassurer. La neige a recouvert les flancs du navire sur plusieurs mètres et un phoque n’aurait eu aucun mal à se hisser sur le pont. Ou un ours au pire…Le froid est encore plus mordant que lors de notre départ. Si une seule partie de notre peau n’est pas couverte, nous sommes immédiatement brulés. Si la tempête ne se calme pas et que nous ne parvenons pas à libérer le navire des glaces, les choses risquent de devenir compliquées.    

 

Journal de bord du 22 Janvier 1877,

La peur me gagne. Chaque jour, les ombres se font de plus en plus humaines. Mais personne, même un Inuit, ne pourrait se mouvoir ainsi dans un froid. J’ai l’impression que l’on frappe à la porte de ma cabine, qu’il y a quelqu’un derrière.

Première perte. Un marin a eu une crise de folie et est sorti sur le pont pour fuir. Aucune chance de survie à cause de la tempête. Les autres hommes sont sur les nerfs. Le capitaine peine a les calmer. Ils ne cessent de parler du Diable, de  punition divine…Le confinement, le froid, la glace et le blizzard vont finir par les rendre vraiment fous. Je redoute une mutinerie.

 

Journal de bord du 27 Janvier 1877,

Accalmie. Les hommes ont raison. Il y a quelque chose dehors. J’ignore ce que c’est, mais ils ont attaqué le navire. Les mâts ont été sciés, ma coque lardée de coup de couteau, le gouvernail brisé, les voiles lacérées. Certains marins ont cru distinguer des traces de pas un peu partout.

Réunion de crise. Même si nous nous y mettions tous, nous ne pourrions pas dégager le navire. Nous n’avons pas le choix. Nous allons barricader les entrées et attendre que la tempête cesse.

La peur règne dans le navire.

 

Journal de bord du  01 Février 1877,

Nouvelle bagarre dans le quartier d’équipage. Quatre morts. Nous ne savons pas quoi faire des corps. Nous avons trop peur de sortir. Elles sont toujours là : les ombres à formes humaines. Elles tapent sur la coque jours et nuits. L’équipage va devenir fou. Les tensions sont extrêmes. Je ne quitte plus mes quartiers de peur d’être tué par un marin prit de folie. Le capitaine ne tient plus ses hommes.

Nous sommes coincés.

 

Journal de bord du 08 Février 1877,

L’air est irrespirable. Les morts, malgré le froid, commencent à se décomposer. Le capitaine et certains membres d’équipage ont dû attacher des marins. La folie gagne tout le monde. La peur nous écrase de plus en plus.

 Le capitaine est épuisé. Moralement, il va bientôt lâcher. Je ne donne pas cher de ma vie s’il craque. Je vis dans une angoisse permanente. A l’extérieur, il y a les ombres. A l’intérieur, il y a l’équipage.

 

Journal de bord du 09 Février 1877,

Horreur. Un marin a perdu la raison et a réussit à sortir. A peine avait-il mis le pied dehors qu’une ombre l’a happé. Mon dieu ! Il hurlait, elle aussi. Dieu nous vienne en aide.

Nous avons lutté contre le blizzard qui s’engouffrait dans le couloir. Il fallait que nous refermions l’ouverture avant qu’elles ne pénètrent dans le navire. Certains hommes ont eu les bras lacérés. Ces choses se meuvent avec le vent.

La panique règne. La peur…la terreur est notre lot quotidien. Elles tapent, inlassablement contre la coque. Moi-même je suis épuisé nerveusement.

 

Journal de bord du 29 Février 1877,

Dernier voyage ? Il ne reste plus que le capitaine, deux matelots et moi. Tous les autres se sont suicidés ou ont été tués par les ombres. Elles ont percé la coque puis se sont répandues dans les quartiers tel le blizzard. Enfermés dans la cabine, nous attendons la mort.

Sous l’effet de la peur, nous ne cessons de nous agresser les uns les autres. Les choses vont mal tourner, c’est inévitable.

 

Extrait du rapport concernant la découverte d’un vaisseau du XIXème siècle prit dans les glaces du Pôle Nord. Chapitre sur les conclusions du rapport d’autopsie sur les corps retrouvés à bord, 1999.  

 

[…] Une partie des hommes est morte par suicide. […] Les autres sont morts de froid.   […] ils manquent deux corps. Il est possible que deux marins aient tenté de regagner la terre par leur propre moyen. […]

[…] Sur les quatre corps de la cabine principale, deux ont été identifiés : le capitaine Mikhaïl Illich Ivanov et l’aventurier explorateur James Henry Croft, membre de la Société Royale des Sciences. […] les résultats démontrent que M. Croft a tué ses compagnons avant de se donner la mort. […] la lecture de son journal de bord fait penser que ce dernier était victime de démence et d’hallucinations.  

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Autres Mondes...
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Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 15:16

Caliope propose un challenge assez sympa, mais dur : écrire une dizaine de lignes sans mette de "U" !!!!!Et détrompez vous, c'est pas évident ! Les consignes ici.

Le texte fait 10 lignes sur ma page word...Je ne sais pas si cela va être pareil ici....

 

Voila ma participation.

 


Selkies

 

 

Être selkie, c’est vivre avec la mer et le vent. La neige est l’ami accompagnant nos existences dans ce monde de glace. Ni pinnipèdes, ni femme, nos vies s’alternent entre les océans et les habitations des hommes. Nos enfants doivent choisir entre la terre et la mer. Les filles préfèrent généralement les glaces, évitant ainsi les mariages organisés par les mâles bipèdes. Les garçons aiment la violence des armes et restent dans les landes.

Mais l’avidité éliminera notre espèce. La mort rode. Les hommes massacrent nos petits afin de faire des sacs, des vestes. Les anciennes femmes s’apprêtent avec le sang de nos enfants sans le moindre regret. Certaines selkies pensent gagner les villes et faire de même avec des bébés. Cependant, le maniement des armes n’appartient pas à notre savoir. La force violente également. Les lois de Gaia sont ainsi faites…sans pitié ni tendresse.

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 14:17

Encore une fois, je me suis lancée dans l'écriture de nouvelle fantastique. Ce court texte m'a été inspiré par un rêve (cauchemar ?) que j'ai fais il y a quelque jour. Pour mon plus grand regret, c'est toute une idée d'histoire qui est en train de se monter...Je ne sais pas si j'aurai le temps de l'écrire un jour...peut-être que j'aurai tout oublié d'ici là....

 


Le Gardien

 

            Dans toutes les histoires que sa mère lui avait contées, les drames et les pires horreurs arrivaient la nuit, pendant un orage. Mais les récits, ce n’est pas la réalité. Isabeau avait toujours cru que ces sombres décors n’étaient là que pour effrayer les enfants. Enfin, jusqu’à ce jour…

 

Les choses avaient changé ces derniers temps sur les terres du Seigneur Bald de Halheim, son père. Les gens vivaient bien, même s’ils n’avaient jamais montré trop d’affection pour leur maitre. Les rumeurs de sorcellerie qui pullulaient autour de la famille effrayaient la populace. Mais heureusement, les récoltes étaient bonnes, aucune maladie ne ravageait les campagnes et aucune guerre n’avait pénétré sur les terres de Halheim. Alors le peuple servait correctement leur seigneur.

Le territoire était longtemps resté païen. En ce temps-là, les premiers maitres de Halheim voyaient d’un mauvais œil la nouvelle religion. Fondamentalement, ces derniers n’avaient rien contre d’autres croyances que la leur. Mais ils supportaient mal que les prêtres du Dieu unique attaquent les dieux anciens. La transition mit longtemps à se faire, et non sans mal. Cette conversion lente alimentait les commérages. Depuis, les ragots avaient perduré, la famille des Halheim aussi.

Isabeau était la première et dernière fille, âgée d’à peu près d’une quinzaine d’années. Comme ses cinq frères avant elle, sa mère l’avait nourri de contes et d’histoires. Parmi celles-ci, il y avait les exploits de ses ancêtres. Mais aussi des récits de monstres protecteurs, de chevaliers félons, de prêtres obscènes et de créatures maléfiques.

            Mais depuis quelque temps, des choses terribles se produisaient. De nombreux jeunes enfants étaient morts. Le froid était tombé plus vite que d’habitude sur la région. La saison chaude avait pourtant été des plus merveilleuses. En plus de cela, de nombreux oiseaux tombaient du ciel, sans vie. Suite à cela, les rumeurs de sorcelleries s’étaient amplifiées. Quand un des membres de la famille Halheim sortait du château, les petites gens parlaient dans leur dos, certains se signaient. On accusait le chef de famille d’avoir renié sa religion pour adorer les dieux anciens. Même le prête de la paroisse ne savait plus quoi penser. Bald avait toujours pris soin de lui, ainsi que de son prédécesseur, ainsi que de l’église. Jamais on ne l’avait entendu blasphémer, jamais il n’avait été vu porté de l’intérêt pour les choses païennes. La seule chose que le prête pouvait lui reprocher, c’était les histoires de sa femme. Mais comme son mari, peu de choses pouvaient lui être reprochées. Étrangement, on ne disait pas un mot sur les enfants, à l’exception d’Isabeau. En effet, cette dernière n’avait pas été gâtée à la naissance. Une large tache de vin balayait son visage. Elle englobait la moitié de sa lèvre inférieure et de son menton du côté gauche. En plus, de nombreuses mèches de sa chevelure étaient blanches, spectre dans une tignasse couleur nuit. On disait qu’elle était sorcière, fille du diable ou encore en tas d’idiotie dans ce genre. Ses parents l’avaient toujours hardiment défendu. Le curé aussi.

Malheureusement, les sombres événements qui endeuillaient les terres des Halheim faisaient ressortir ses ragots. Son père Bald ne semblait guère attentif à ces on-dit. Il craignait autre chose. Une menace politique ?

D’étranges chevaliers, au tabar blanc orné d’une croix rouge, étaient venus au domaine. Pendant longtemps, loin des oreilles de la maitresse des lieux et de ces enfants, ils parlèrent. Par moment, des cris avaient retenti dans les couloirs. Quand Isabeau les avait vus quitter le château, elle avait eu un mauvais pressentiment. Son père avait été d’une humeur massacrante ce soir-là. Mais il ne dit rien de la conversation qu’il avait eue avec ses invités.

 

            Comme dans les contes de sa mère, cette nuit-là, l’orage grondait. Le vent soufflait à déraciner un arbre, la pluie s’abattait telles des lames, découpant les feuilles, le tonnerre faisait vibré le sol et les éclaires illuminaient le ciel.

Isabeau courait de toutes ses forces. Son cœur battait profondément dans sa poitrine. Il frappait si fort qu’elle ne craignait qu’il ne lui transperce la poitrine. Son corps était chaud à l’intérieur, à cause de l’effort physique, à l’extérieur, il était gelé par la pluie. La jeune fille ne parvenait plus à faire la distinction entre les gouttes de sueurs qui perlaient sur son front les gouttes d’eau. Sa chevelure brune et blanche collait à son front, sa robe également. De la vapeur sortait de sa bouche en gros nuages. Chaque respiration était un vrai supplice, ses poumons brulants ne supportaient pas l’air froid.

Les pieds gelés, les jambes pleines de boue, Isabeau cavalait en direction de l’église. C’est là que sa mère lui avait ordonné de se rendre.

            Alors que toute la famille festoyait ensemble, les chevaliers vêtus de blanc et de rouge étaient revenus. Les serfs leur avaient ouvert les portes du château. Les hommes armés avaient donc pu entrer à leur aise. Sans perdre de temps, ils s’étaient rendus dans la salle à manger pour y trouver les Halheim dans le but de les éliminer. Heureusement, seigneur Bald et ses fils ne quittaient jamais leurs épées. Cela permit à sa mère et sa fille de prendre la fuite. La dame conduit sa fille vers les murailles, dans les écuries. Là, elle poussa une pierre et tout un pan du mur bougea. Mais avant qu’elles ne puissent y pénétrer, des soldats entrèrent dans l’abri. La mère poussa alors son enfant dans le passage puis enclencha le mécanisme de fermeture.

« Rappelle-toi l’histoire du monstre protecteur, tout est vrai ! Tout est vrai !! » cria dame Halheim avant que le mur ne se referme derrière elle. Isabeau hurla pendant de longues secondes avant de reprendre un peu ses esprits. Elle repensa alors aux derniers mots de sa mère. Bien qu’elle ne put comprendre comment cette histoire puisse être vraie, elle décida tout de même de suivre les consignes. Isabeau ne savoir pas quoi faire d’autre de toute manière.

            L’église ne devait plus être très loin. Elle l’espérait. Sa poitrine lui faisait atrocement mal, ses jambes aussi. Puis elle avait si froid. Son esprit essayait de se concentrer sur le conte de sa mère. Elle ne voulait pas penser à ce qui se passait dans sa demeure. Ce que des chevaliers pouvaient faire à son père, sa mère et ses frères. Dieu les protège se répétait-elle.

Enfin, le village fut en vue, puis l’édifice religieux. Sans perdre une minute, elle s’y précipita. La jeune femme ne remarqua pas que les demeures étaient vides, qu’aucune fumée ne sortait des cheminées.  

C’est avec la force du désespoir qu’elle poussa la double porte de l’église. Les pans de bois grincèrent dans un bruit strident.  

            À l’intérieur, tout le village était réuni. Le prête célébrait une bien étrange messe, à une heure bien inhabituelle. Tout le monde la regarda. Ils se signèrent tous, comme s’ils avaient tous vu un fantôme. Isabeau ne comprit pas qu’ils savaient tous que les chevaliers allaient venir cette nuit pour détruire la famille des Halheim. Pour se protéger du danger, ils s’étaient tous réunis ici. Ils craignaient les mauvais sorts que leurs seigneurs pourraient lancer sur eux en guise de vengeance.

Isabeau entra dans la nef, laissant derrière elle une longue trainée d’eau. Elle goutait de partout. Son corps tremblait de froid et de peur. Ses pas étaient incertains, elle titubait. Sa respiration était haletante, bruyante. Elle ne fit pas attention aux yeux qui la regardaient. Son but ? Atteindre l’autel. Elle récitait l’histoire de sa mère. « Dans la vieille église de pierre, il y avait un autel… » alors Isabeau marchait vers l’immense meuble de pierre qui trônait à l’intersection de la nef et du petit transept. Le prêtre se trouvait juste devant, une ostie et un calice la main. Ses yeux exorbités observaient la jeune femme qui venait dans sa direction. Une peur panique se dessinait sur le visage d’Isabeau. Sa famille. Elle devait sauver sa famille. Elle ignorait en quoi le récit de sa mère l’aiderait, mais sa perte de repère était totale. La peur ne lui permettait pas de résonner correctement. Le curé s’écarta de son chemin. Il récitait des prières, car il croyait, il en était convaincu, que cette fille était vraiment une sorcière. Sa tache de vin semblait encore plus rouge que la normale et les mèches blanches qui collaient à son visage la rendaient effrayante. L’expression de son visage lui donnait l’air d’une folle en pleine crise d’hystérie.

Quand elle fut devant l’autel, Isabeau dégagea tout d’un revers de main, soulevant des cris scandalisés dans l’auditoire. Mais elle ne semblait pas les entendre. Puis elle vira la toile de lin qui recouvrait le meuble. Ses mains tâtèrent la pierre quelques minutes comme si la jeune femme voulait être sûre que ce qu’elle avait devant les yeux était bien réel. La peur et le froid la faisaient trembler. Puis, à la surprise de tous, elle tenta de pousser l’autel. Rien ne bougea. Désespérée par cet échec, elle se récita frénétiquement le conte. Sa nouvelle tentative fut fructueuse. Ce n’était pas le meuble en lui-même qu’il fallait déplacer, mais seulement la partie supérieure. La table. Dans un bruit de pierre que l’on frotte, la partie supérieure de l’autel bougea, laissant apparaitre une cavité. « … la table de l’autel fut poussée pour voir apparaitre un espace… »

            Ce que vit Isabeau lui donna envie de vomir. Son ventre se noua. Sa gorge irritée par sa course folle la brulait. Elle fut prise d’un hoquet à cause de la peur et du dégout.

L’autel n’était rien d’autre qu’un sarcophage. Dans le fond, recroquevillé sur lui-même, reposait un corps. Il avait un aspect horrible. Sa peau noire était complètement desséchée, si c’était bien de la peau qui couvrait cette carcasse. On aurait plutôt dit un mélange entre des écailles, des plumes – pour les membres supérieurs — et de chairs brulées. Ses mains étaient pourvues de longues griffes tout aussi noires que le reste de son corps. Mais le pire de tout était sa tête. Sa face présentait un long nez rabougri, des yeux vides, une mâchoire complètement déformée. En guise de cheveux, il avait de longues plumes et du duvet. La jeune femme ne remarqua pas qu’il ne dégageait aucune odeur de mort. « … Là, tu y trouveras un être hideux que bon nombre de personnes auraient nommé démon… »

C’est ça ? C’est cela ce que sa mère voulait qu’elle trouve ? Un immonde cadavre enfermé dans un autel depuis Dieu seul sait quand. Comment ce… cet… cette bête pouvait bien venir en être à sa famille ?

Penchez sur la momie, elle continuait de haleter, épuisée par la course. Des gouttes d’eau continuaient à perler le long de l’ensemble de son corps. Des larmes coulaient sur ses joues, mais elle ne s’en rendait pas compte. De nombreux sentiments se bousculaient dans sa tête : peur, dégout, tristesse, panique.

            Une fois encore, elle se remémora l’histoire. Mais ce dont elle se souvenait était si horrible qu’elle ne pouvait concevoir de le faire. Pourtant, son corps et sa conscience ne semblaient plus fonctionner ensemble. Isabeau saisit le petit couteau –cadeau de son père, qu’elle avait à la ceinture. Au même moment, les chevaliers aux tabards blancs entrèrent dans l’église dans un fracas de fer et d’acier.

Les gens crièrent en les voyant entrer. Le prêtre s’offusqua qu’ils pénètrent aussi armés dans la maison de Dieu. Mais personne n’osa s’opposer à eux. D’ailleurs, aucune âme ne songea un seul instant à quitter les lieux, effrayée par ces soldats.  

Isabeau se retourna en entendant les claquements de leurs armures. Elle fut prise d’une crise de panique. Il venait pour la tuer. Mais elle ne voulait pas mourir. Non, elle voulait vive. D’un coup sec, elle se trancha la main puis en barbouilla, en dégout, la mâchoire du cadavre. « … et du sang versé sur les lèvres permettra de quérir son aide… »

            La jeune fille eut à peine le temps de verser quelques gouttes sur l’être infâme qu’un chevalier la saisit par la chevelure. Sans ménagement, il la traina en dehors de l’église. Isabeau hurlait de douleur et de peur. Elle se débattit comme un animal sauvage pour tenter de se libérer, mais elle n’y parvint pas. La peur déformait les traits de son visage.

Une fois sur le parvis, son tortionnaire la jeta sans ménagement dans la boue. La pluie continuait de tomber tambour battant. Une grande quantité d’eau et de terre vinrent emplir la bouche d’Isabeau qui manqua de s’étouffer. L’eau froide gelait l’ensemble du corps de la jeune fille.

Quand la fuyarde releva la tête, une demi-douzaine d’hommes l’encerclait, la main sur le pommeau de leur épée. De peur, elle recula à quatre pattes. Mais elle heurta un chevalier qui se trouvait derrière elle. Elle s’en éloigna, toujours en rampant, avant de se relever. Son corps était complètement gelé. Pour se réchauffer, elle s’enserra dans ses propres bras, mais cela ne servit à rien. La pluie qui continuait de tomber et avec elle, le froid.

Le chevalier qui l’avait trainé hors de l’édifice sortit son épée. Il avait la ferme attention de finir le travail pour lequel il avait été envoyé ici. Sa mission, et celle de ces compagnons étaient de détruire la famille de sorcier Halheim. Seule la petite dernière leur avait échappé. De tous les membres de la famille, Isabeau devait être celle qui ne devait surtout pas être épargnée. Elle était la plus diabolique avec sa tache de vin et ses cheveux blancs. Nul doute que sa naissance résultait d’un sortilège de magie noire ou d’un pacte avec le Malin.  

 

            Pour Isabeau, c’était la fin. Tombée à genoux, elle tremblait de tout son être. Complètement tétanisée, en larme, elle était immobile sur le sol, à attendre que son bourreau la frappe. En fin de compte, c’était peut-être mieux ainsi. Elle allait retrouver ses parents et ses frères.

Finis les histoires de sa mère. C’est probablement une crise de folie qui avait poussé sa mère à lui faire croire qu’un cadavre dans un autel-sarcophage pourrait lui venir en aide. Et comment avait-elle pu y croire ? Maintenant, elle attendait gentiment la mort. Elle n’espérait même pas à une vie après la mort.

Le visage tourné vers le sol, Isabeau ne put voir ce qui lui sauva la vie.

 

            Le tonnerre grondait. Ce bruit fracassant, avec l’aide de la pluie, masquait les hurlements qui provenaient de l’intérieur de l’église. Si le temps avait été clair et calme, les cris auraient mis en émoi tout le village tant ils étaient épouvantables. Les chevaliers, à l’extérieur, n’entendirent rien. Ils ne virent rien non plus, car tous avaient les yeux rivés sur leur victime. Si l’un d’eux avait pris la peine de lever le nez, il aurait vu le carnage dont l’église était la scène.      

À quelques pas de sa victime, le chevalier qui avait sorti son épée s’apprêtait à planter sa lame dans la nuque d’Isabeau. Mais il ne put effectuer son geste. De longues griffes noires, épouvantablement aiguisées, transpercèrent l’homme de part en part, dans une immense giclure de sang. Des gouttes vinrent se poser sur le visage tétanisé de la jeune fille qui ne réagit pas au contact de la chaleur.

Face à cette ombre qui venait de terrasser leur camarade, les autres chevaliers dégainèrent leurs armes puis se jetèrent sur leur ennemi. Mais la chose se mouvait à une vitesse prodigieuse, esquivant les coups avec une facilité déconcertante. Certains pensèrent le toucher, mais à chaque fois, leur lame sembla ricocher sur la peau noirâtre.   

 Il ne fallut pas longtemps à l’ombre pour réduire en morceaux tout les chevaliers. Aucun d’entre eux ne gisait entier sur le sol, un mélange de boue et de sang. Avec ses griffes, la chose les avait démembrés. Des morceaux de bras, de jambes et des corps s’étalaient partout autour de la jeune fille.

.

            Le fracas n’avait pas cessé. L’orage rugissait toujours.

Malgré l’épouvantable combat qui avait eu lieu autour d’elle, Isabeau n’avait pas bougé. Le regard dans le vide, elle semblait continuer d’attendre la mort. Elle ne s’était pas rendu compte que tous les hommes qui lui voulaient du mal ne fussent plus que des lambeaux de chairs froides.

La chose qui avait tout massacré autour d’elle. À présent, elle tournait, comme un loup qui rôde autour de sa proie, auteur de la demoiselle. La jeune fille ne voyait que ses pattes, griffues elles aussi, presque semblables à celle de volatiles, tels les corbeaux. Le petit jeu dura un moment.

Toujours tétanisée, Isabeau n’osa pas lever les yeux quand elle sentit le nez, tel un bec d’oiseau, se rapprocher de son visage. Elle avait peur. Mais elle avait encore plus peur de voir ce qui se tenait devant elle. Son esprit savait pourtant à quoi s’attendre. « …le sang qui tu lui auras offert le fera revenir de l’autre monde… »

Isabeau savait. Son sang avait permis à cette chose de regagner ce monde-ci. Un démon des temps anciens…

Le souffle chaud du monstre fouettait son visage. Les vapeurs qu’ils créaient se mêlaient. Des dents tout aussi noires que le reste de son être souriaient. Elles étaient pointues comme des pointes de flèches. Un petit rire amusé sortit d’entre les gencives.

« Alors, jeune fille, qu’est-ce que cela fait de flirter avec la Mort ? » demanda une voix grave gutturale.

Incapable de répondre tant elle avait peur, Isabeau continua de regarder le sol. Son corps refusait de lui obéir. Elle voulait mourir. Pourquoi ce monstre ne la tuait-il pas ? Surement que ce montre était un sadique, qu’il se délectait de la frayeur qu’il provoquait.

            Face à ce bloc immobile, les deux grosses mains griffues saisirent les épaules de la jeune fille et la soulevèrent. Dans l’élan, la tête de la demoiselle se releva. Elle vit alors celui qu’elle avait en face d’elle. Son cœur, malmené depuis le début de la soirée, se serra dans sa poitrine. Sa respiration se coupa.

C’était le visage sombre, mort, qui s’était trouvé dans le sarcophage. Revenu à la vie, il avait pris une forme moins effrayante, bien qu’il offrait encore un horrible spectacle. Son long nez avait repris du volume. Il était anormalement long et ressemblait à un bec de corbeau. Sa peau était ridée comme celle d’un grand brulé avec des sortes de plaques écailleuses. Deux larges yeux noirs, profonds, reflétaient une lueur rouge étrange.

Quand leurs regards se croisèrent, l’être eut de nouveau un large sourire. Il posa délicatement les pieds d’Isabeau sur le sol. Cependant, elle n’avait plus de force dans ses jambes. Quand il la lâcha, elle se vautra. Mais ces yeux ne se détachaient plus de la créature.

            Le monstre s’agenouilla devant Isabeau, comme s’il attendait d’être adoubé, la tête basse. Puis il ne bougea plus.

La jeune fille mit un moment à sortir de son état de tétanie. Sa respiration se fit haletante, saccadée. Les larmes se mirent à couler en même temps qu’elle se mit à pleurer. Pendant de longues minutes, elle hurla de tout son être. Ces cris venaient du fond de son estomac. Elle extériorisait sa peur, sa tristesse. Il lui fallut de nombreuses minutes avant de reprendre un peu ses esprits. L’être était toujours là immobile. Quand enfin elle put reprendre sa respiration, Isabeau put enfin parler.

« _Qui est… qui êtes-vous ? Réussit-elle à dire entre deux crises de larmes.

_Je suis un être de conte. Je suis celui qu’on a craint et redouté. Je suis celui par qui les rois et les princes ont gagné des batailles bien avant l’avènement du dieu unique. Je suis celui qu’on retrouve sur les champs de bataille. Je suis le compagnon des Morrigan, je suis le père des yeux du Père d’Asgard. Mais je suis aussi le protecteur de celui qui m’offre sa vie. Je suis Corvus Corax Coronis et l’on me nomme Hraefn. Je suis le démon protecteur. Je suis ton gardien. »

    

 

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 20:42

Nouvelle qui pourrait bien être lier à celle de "Greta"...affaire à suivre....

 


Origine

 

 

            Il y a bien longtemps, dans un lieu proche et lointain à la fois, dans la grande belle ville d’Albe La Longue, vivait le roi Numitor, bon et juste à l’image de son père Procas. Mais ce noble souverain avait un frère, violent, avide et jaloux, Amulius. Malgré le trésor qu’il avait reçu en héritage, il convoitait le trône fraternel.

Avec ses richesses, le félon n’eut aucun mal à lever une armée et a obtenir ce qu’il voulait. Il chassa son frère de ses terres. Mais même loin sa cité, Numitor représentait un danger pour Amilius. En effet,  ses neveux et nièces, Lausus et Rhéa Silvia, pouvaient à tout instant lui réclamer ce qui leur revenait de droit. Pour qu’une telle chose ne puisse se produire, il fit assassiner le jeune homme et fit de Rhéa une prêtresse de Vesta. Elle était donc condamnée à la virginité sous peine d’être enterrer vivante.

Pour l’usurpateur, rien en ce monde ne pouvait lui ravir ce qu’il avait pris par la force.

 

            Les années passèrent. La vestale Rhéa officiait au temple aussi bien que sa volonté le pouvait. Jamais elle n’avait pu accepter complètement cet emprisonnement. Son cœur ne criait pas vengeance pour autant. La liberté était la seule chose qu’elle souhaitait. Elle avait supplié son oncle de la délivrer de ses vœux. En échange, elle lui avait promis qu’aucun de ces enfants ne viendrait revendiquer leur place. Mais Amulius n’avait jamais rien voulu savoir.

Un jour, elle fut envoyée au Tibre pour y puiser de l’eau. Le dieu Mars, maitre des guerriers et du combat, la vit. Immédiatement, Cupidon décocha une flèche sur son propre père. Animé d’une pulsion violente, le dieu prit la vestale par la force sur les rivages du fleuve.

De retour au temple, elle ne trouva pas le courage de raconter son malheur, de peur d’être mis en terre immédiatement. Mais au fil des mois, son ventre devint rond et ses sœurs vestales prévinrent Amulius. Ce dernier voulut mettre fin au jour de la future mère. Mais quand elle lui avoua que c’était Mars qui l’avait engrossé, il eut peur de la vengeance divine. Le tyran ordonna que Rhéa soit emmurée vivante et qu’à la naissance de l’enfant, celui-ci soit jeté dans le Tibre.

Mais ce ne fut pas un nouveau-né qui vint au monde entre ces quatre murs, mais deux. Rhéa Silvia avait mis accouché de jumeaux. Comme il avait été dis, les enfants furent placés dans panier d’osier, puis offert au fleuve. Quand à  leur mère, elle reçut le châtiment qui lui était du pour avoir perdu sa virginité.

            Nul ne sait si c’est un hasard ou si Mars est intervenu, la corbeille s’échoua, les jumeaux étaient sain et sauf. Alors que la nuit tombait, une louve qui venait à peine de mettre bas trouva les nourrissons. La bête aurait pu les dévorer et les porter à ses petits, mais elle n’en fit rien. Elle les recueillit. C’est avec son propre lait qu’elle les nourrit.

 

            Pendant quelques années, il en fut ainsi. Les enfants grandirent tels des louveteaux avec toute l’affection qu’une louve puisse donner à des humains. Leur essences divines les donnaient forces et résistances.  

Un jour que les jeunes tétaient leur mère, un berger Faustulus, guidant son troupeau vers de meilleurs prés, découvrit cette étrange famille. En voyant les enfants, il s’exclamât.

« Que les Dieux soient cruels pour laisser ainsi deux petits hommes après d’une telle bête. Dès que ses louveteaux seront grands et les enfants gras, elle les donnera à dévorer. Qu’ils soient fils de putain ou d’assassin, nuls jeunes ne méritent d’être ainsi sacrifiés.»

L’homme chassa la bête à coups de pierre et se saisit des jumeaux. Il les conduit chez lui où sa femme, Acca Larentia, les éleva comme ses propres fils.

« Mon homme, dit son épouse, ces enfants ne sont pas de simple garçons. Ce sont les descendants du bon roi Numinor. Leur mère n’est autre que la pauvre Rhéa Silvia que l’on condamna à la virginité, à être emmuré puis mis en terre encore en vie. Leur père n’est autre que le dieu Mars, le Grand Guerrier. Une fois qu’ils seront des hommes, ils rétabliront l’ordre dans la cité. Ils seront de grands et forts guerriers à l’image de celui qui les a enfanté.»   

 Elle les nomma Romulus et Remus.

 

            Comment Larentia l’avait dis, les jumeaux, une fois adultes et vigoureux, se présentèrent à l’usurpateur pour obtenir réparation. C’est avec une force animale qu’ils mirent à mort Amulius et ses complices. Remus les égorgea, Romulus les transperça d’une lance. Ce fut un immense bain de sang. Il fallut plusieurs jours de pluies pour faire disparaitre les tapis de liquide rougeoyant.  

Puis ils remirent leur Numinor sur le trône qui lui appartenait. En récompense, le vieux roi les autorisa à créer une ville. Seuls les augures étaient en mesure de valider leurs choix.

Ils quittèrent Albe La Longue.

 

            Un jour, Romulus et Remus arrivèrent dans une région propice pour installer une nouvelle cité. Mais les jumeaux n’étaient d’accord sur le lieu exact de la fondation. Romulus s’installa sur le Mont Palatin et consulta les augures. Remus fit de même sur le Mont Aventin. Ce dernier vit six vautours. Son frère en aperçut aussi. Il prétendit en avoir aperçut douze. Cependant, le temps imparti s’était écoulé quand la douzaine de volatiles survolèrent la colline du Palatin. Les deux frères entrèrent en conflit. Sûr de sa victoire, Romulus traça le pomœrium de sa future ville. Il jura, sur la tête de son père Mars, qu’il tuerait quiconque oserait franchir ce sillon sacré.

Remus, ne craignant nullement d’être abattu par son propre sang, enjamba la limite de la nouvelle cité. Ne pouvait pas renier sa parole, Romulus saisit une lance. Sans la moindre hésitation, mais avec une immense douleur dans le cœur, il transperçât son frère. Il installa le pique avec le corps sur sa colline.

« Voyez, peuple de l’Italie. J’ai tué mon propre frère pour bâtir cette  nouvelle ville. La puissance de Mars coule dans ses veines. Cela donnera de la puissance à la glorieuse cité qui se dressa ici. Je réserverai le même sort à tout homme qui me défiera. Demain, ma ville, Rome, sera la plus puissante de tout le monde connu ! Les peuples se soumettront par la peur et les armes ! Que Mars, mon père, nous donne sa force ! »

Romulus laissa le corps de Remus à la vue de tous.    

            Cette nuit là, la louve, la première mère des jumeaux, vint voir son fils ainsi exhibé aux yeux de tous.

«Ô mon fils ! Que soit maudit le jour où tu m’a été ravie par ce berger. Faustulus, tu m’as accusé de vouloir donner ces enfants aux miens. Tu m’as accusé d’avoir voulu versé le sang de mes fils. Mais nous, les loups, jamais nous ne tuons les notre ! Vois, aujourd’hui ce qu’il est advenu d’eux ! Ils se sont entre dévorés par ta faute, toi, noble sauveur ! Romulus a versé le sang de son propre frère pour la gloire qui est une tare humaine. Si tu ne me les avais pas ôtés,  Remus serait encore vie et Romulus ne s’apprêterait pas à mettre à feu et à sang la région. Je te maudis ! Je te maudis toi et toute ta descendance ! Je te condamne à cette soif de sang dont tu as abreuvé mes fils ! Toi et les tiens seront désormais un loup pour l’homme ! »

Ainsi hurla la louve aux pieds de Remus.   


Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 12:25

"Greta" est un nouvelle qui me tenait à coeur. Pourtant, malgré l'aide que beaucoup m'ont apporté, je e suis pas satisfaite de ma production. Malheureusement, je n'arrive pas à savoir ce qui va pas .

 

Je tien à remercier Isaline, Marie-Danielle Merca, Andy, Caliope et Lydie Blaizot pour leurs corrections, leurs conseils et le temps qu'ils y passent pour faire tout cela.J'espère que je n'ai oublié personne.....(va se faire taper sinon....)

 


Greta

 


            J’ai faim. J’ai soif. Y a-t-il une différence ? Chez  les humains, peut-être.

Qu’est-ce donc que cette étrange sensation qui crispe ou tire ma gorge ? Ma bouche est sèche. Peut-être que cela est une matérialisation de ma soif ? Ou bien est-ce la terre, dans laquelle je me repose, qui assèche mes lèvres ? Quant à cette étrange faim, j’ignore d’où elle peut bien provenir, de mon estomac il ne doit rester  qu’un infâme organe pourri par la Mort.  Pourtant, ce nœud triture l’ensemble de mon être. Parfois, la douleur est si forte que j’aurai presque envie de régurgiter. Mais comment vomir ce que l’on n’a pas ? Tout mon corps appelle à recevoir de la nourriture, c’est comme si un aimant m’attirait.  

Quoiqu’il en soit, il faut que je m’alimente. De la bave dégouline avec peine le long de ma mâchoire. Je sais que cette réaction est un signe, le signe. Il m’indique que mon corps nécessite sa dose d’aliment, de vie.

            J’entends le silence. Il fait nuit. Seuls les rats, les chauves-souris qui évoluent à l’extérieur brisent ce monde de non-bruit issu des Ténèbres.

La terre de mon cercueil me procure un immense bien-être, une certaine chaleur qui me pousserait presque à rester blotti en son sein. Elle dissipe légèrement ce froid qui m’enveloppe perpétuellement. Mais cette étrange faim occasionne une gêne que je ne peux contrôler, contre laquelle je ne peux pas lutter.

Lentement, sous la mélodie des craquements de mes os, je déploie mes bras morts, plaque mes longs doigts crochus contre le couvercle de mon cercueil, puis le pousse doucement, avec peine. Mon corps est complètement endurci, glacé.

Ah, la Lune. Les doux rayons de l’astre de la nuit m’apportent une nouvelle tiédeur qui me donne une force renouvelée. La force de me dresser. J’aimerai enserrer cette délicate compagne qui m’assiste, me suit, m’escorte, me berce, chaque jour de ténèbres. Les humains vivent avec le Soleil, moi je vis avec la Lune. Je trouve cela presque ironique : la Lune est si belle pour illuminer d’aussi sordides et macabres desseins.

Les bras tendus, la force lunaire me tire hors de ma terre revigorante. Une fois dressé, la faim torture mes entrailles. Mon corps engourdi craque à chaque mouvement. Je suis crispé. Le froid que je ressens contracte l’ensemble de mes muscles. Hors de ma terre et sans nourriture, je suis dans l’incapacité de me mouvoir correctement, comme un être vivant normalement constitué.

Je jette un œil alentour. Personne ne se risque à venir dans ce hangar en ruine. Cela offre une cache parfaite pour mon cercueil, ainsi que pour les caisses de terre de mon pays. Je ne risque pas d’être déloger par des intrus malveillants. Avant de partir, je referme avec soin ma dernière demeure.

 

            La traque, la chasse…la prédation.

La faim me tenaille, mais il serait idiot de se jeter sur la première proie qui se présente. Je ne suis pas un animal enragé se ruant sur tout ce qui bouge. C’est de me nourrir que j’ai besoin. Pas de me blesser, de me fatiguer ou de me faire tuer. La sélection de la cible est une tâche complexe. Les humains pensent que les animaux dévorent la première chose qu’ils croisent. Grossière erreur ! Je suis un prédateur spécialisé. Je me nourri que d’un seul type de proie : les humains. Seul leur sang m’apporte les nutriments essentiels à ma survie.   

La victime se sélectionne selon divers critères.

Le premier, l’abondance, est assez facile à remplir dans mon aire de chasse, Londres.  Peu importe l’heure, il y aura toujours un humain dehors dans un endroit favorable pour le piéger. Dans mon pays natal, je devais souvent me contenter de prendre ce que je trouvais, la population fuyait mon territoire de chasse. Je peux me permettre de faire un choix préférentiel en fonction de mes gouts.

Le deuxième point est sa physionomie. J’ai la force de dix être humains, il est donc très aisé pour moi de me saisir d’un homme plus grand, plus lourd. Mais la dépense énergétique serait bien trop grande par rapport au rendement que cet être me procurerait. L’apport et le déficit d’énergie est au cœur de cette traque. Prenons, par exemple, un homo sapiens primitif : tuer un lapin ou un poulet lui coute bien moins d’énergie que chasser un bison. Mieux vaut donc sélectionner une proie de taille et poids moyens.

Enfin, la facilité d’accès et de saisie de la cible. L’environnement est primordial. Une ruelle sombre, étroite et vide me permet plus facilement d’abattre sa victime. Une place bondée très éclairée présente plus de risque. Ensuite, une proie fatiguée, affaiblie est plus vulnérable. Les individus en pleine santé sont plus réactifs. Aussi étrange que cela puisse paraitre, la tenue de la victime est aussi importante. Un col roulé ou trop remonté gêne pour la saisie du cou et de la veine, un manteau peut facilement être délesté et permettre à la proie de fuir.

 

            Les nuits sont glaciales longues. L’hiver et l’automne sont des périodes propices pour la chasse. Les autres saisons ne sont que des périodes d’angoisse où le Soleil me menace. Mon temps de prédation étant diminué par son cycle.

Mon corps ressent les morsures du froid, mais cela ne vient pas de l’extérieur. Tout mon être n’est d’un bloc gelé. Il me fait atrocement souffrir. La Lune ne fait que renforcer cette sensation. Les crispations ne me quittent pas. Je souhaiterai que la chaleur de ma terre et de l’astre restent en moi. Les bras rabattu contre ma poitrine, les mains l’une sur l’autre, je quitte mon refuge. Je dois trouver de quoi manger.

Les rues des quartiers pauvres de Londres sont riches en proies potentielles. A la différence des zones où les sangs nobles évoluent, personne ne se posera de questions si un individu  disparaît ou meurt. Atout bien précieux pour ma chasse. La Lune se dissimule, comme pour me cacher, derrière d’épais nuages noirs. 

A l’heure où les hommes s’alcoolisent, fument de l’opium, courtisent des femmes de petites vertus, se battent, je me faufile parmi la populace sans que ceux-ci ne me remarque. Parfois, certains se retournent, intrigués ou effrayés par la laideur de mon visage moribond. Pourtant, mon haut col masque une large partie de ma face, dissimulant mes longs crocs.

Les proies passent. Ici, un ivrogne dans le coma dans le coin d’une ruelle. Il est jeune et de forte carrure. Il aurait pu me fournir une forte dose de sang, sans que j’aie besoin de dépenser la moindre énergie. Mais mon odorat m’indique que le taux d’alcool qui circule en lui est trop élevé. Cela risquerait de me nuire. Aussi étrange que cela paraisse, les toxines ou les maladies de mes victimes passent aisément dans mon organisme. Les effets ne sont pas toujours les même car mon corps est mort. L’ivresse peut m’handicaper pendant plusieurs nuits.

 Là, une prostitué qu’un homme saoul a massacré après avoir eu ce qu’il voulait. Proie facile, affaiblie par les coups et la peur. Seulement, la syphilis qu’elle porte n’en fait pas un aliment de premier choix.

Plus loin, un homme sain de stature moyenne, fatigué par une journée de labeur, marche tranquillement. Un repas potentiel. La perspective de sang me fait saliver. Le nœud dans mon ventre  me torture. Je le suis, discrètement, dans l’espoir qu’il passe dans un endroit propice pour l’attaque. Malheureusement, il rentre dans un bar. Il me faut trouver une autre proie.

 

            Après quelques heures de recherche et de traques infructueuses, je croise le chemin d’une jeune femme qui ferait un repas parfait. Elle n’a pas vingt ans, elle est saine mais très affaiblie pas des heures de travail dans une usine. Sa force physique n’est pas excessive. De plus et malgré les salissures de son visage, elle est jolie. Ha, c’est un petit plaisir supplémentaire quand je peux m’abreuver sur le corps d’une belle femme. C’est un régal pour le corps et les yeux. Chaque fois que j’en meurtrie une, j’ai la sensation de me venger de celle qui à causer ma perte. Combien d’homme comme moi sont tombés à cause de la perfidie des femmes. Combien de femmes sont tombées pour le désir animal d’un homme ? Finalement, nous ne somment si différents que cela. C’est toujours un être cher animé par de mauvaise attention qui nous tue.

Comment ai-je pu en arriver là ?  Je ne me souviens plus. C’est arrivé il y a si longtemps. Je me souviens juste que c’est elle qui a fait de moi un buveur de sang. J’aurai aimé lui lacérer le cou de mes ongles griffus, la voir souffrir. Puis rendre son dernier souffle en me suppliant de l’épargner. La Mort aura été plus généreuse avec elle qu’avec moi.

 

La traque peut commencer. Je vais la suivre, discrètement. Elle finira bien par arriver dans un environnement qui me sera favorable. Mon seul désir est qu’elle ne parvienne pas jusque chez elle. Il m’est impossible d’entrer dans une demeure si personne ne m’y invite.    

Tandis qu’elle avance, sans se douter de ce qui va lui arriver, je l’étudie plus en détail. Les odeurs qu’elle dégage m’indiquent de nombreuses choses. Elle sent l’huile et la graisse d’usine. Les machines alimentées par le charbon laissent également une empreinte sur ses vêtements miséreux.

Ah, les bienfaits de l’ère industrielle ! Les humains deviennent faibles et s’aliènent. Leurs esprits sont bien moins prompts à se méfier des prédateurs de mon genre. Cela m’arrange que la société forme des idiots incapables de réfléchir.

Outre les odeurs artificielles, elle dégage aussi des parfums humains. Son travail doit être dur, l’âpre senteur de la sueur émane de sa chair. Il y aussi des relents d’hommes, des phéromones. Ils sont sur son cou, sur ses épaules. Je pense que le patron ou contremaître doit avoir quelques envies animales que ma proie ne semble pas vouloir partager. Dans ce monde de misère, j’ai pu remarquer que les humains pouvaient se montrer bien plus bestiaux que des créatures de mon espèce. C’est moi que l’on traite de monstre ? J’ai vu tellement d’homme se laisser mener par leurs instincts en prenant des jeunes et jolies femmes par la force, puis les accuser de les avoir séduits. Minable créature. Ils les traitent de catins, les méprises. Mais ce sont eux les coupables, ces consommateurs de chairs humaines.

            La faim se fait pressente. Quoi qu’il en coute, je dois me saisir de cette demoiselle. Errer sans succès m’a fatigué, la nuit avance vite. Après l’avoir dégusté, je dois retourner à ma tanière. Le parfum de ma proie, l’envie de sang, m’enivre. La Lune se fraie un chemin parmi les nuages. Les rayons illuminent le visage enfantin de ma victime. Quelle est belle. Cette dégustation sera des plus succulents.

Enfin, une occasion se présente ! Elle se faufile dans une étroite ruelle. Les becs de gaz, peu vigoureux, éclairent seulement le carrefour. Grace aux rayons de ma compagne céleste, je vais pouvoir déployer mon ombre pour la stopper. Comme cela, je n’aurai plus qu’à me glisser derrière elle. Malgré les crispations, je déploie mes longues griffes pour lancer mon simulacre.

           

            Non ! Des hommes s’attaquent à ma proie ! Faut-il que je renonce ? Je souffre, une crise d’hypersalivation me brule mâchoire. Rester, attaquer, manger ou partir, errer traquer ? Tous les muscles de mon corps se contractent. Mon esprit se disloque. La faim, la soif. Le sang.

Deux hommes à massacrer. Deux humains supprimés sans que cela n’apporte d’énergie, ni de nourriture. Ce sont de rudes gaillards. Je pourrais facilement tuer le premier et m’attaquer au second. Mais ce dernier pourrait m’opposer une forte résistance. S’il parvenait à s’échapper, j’aurai perdu énormément de force et mes repas. Je ne puis me nourrir des morts. Ils sont forts, puissants. Les attaquer de front relève de la folie ! Je me sens si faible. Ce ne peut pas m’être profitable ! Que faire ? Je dois agir avant qu’il ne détruise ma si belle victime. Je tourne mes yeux vers la Lune, elle me souffle son pouvoir.

C’est MA proie, je me battrai pour l’obtenir.

 

            Grace à mon ombre, je me saisi de la demoiselle pour la protéger ces coups des brute. S’ils la blessent, elle perdra son fluide vital et moi ma nourriture. En un clignement de paupières, je me dresse derrière le premier agresseur. Malgré mes doigts crispés, je saisi sa tête et lui brise le cou. Le second ne put réagir que je le soulevais déjà à plusieurs centimètres du sol. Il finit écrasé contre le mur d’une maison, le corps disloqué par la violence du choc.

Une nouvelle vague d’hypersalivation me gagne. Lentement, je me retourne vers ma proie. J’ai l’impression d’être une machine moderne en manque de graisse. Mes bras sont durs comme du roc et forment une demi-lune. Je ne peux pas les ramener près de moi. Ce bref affrontement à courbaturer mes membres.

 

            Elle me contemple depuis le sol où elle git. Des larmes coulent le long de son beau visage. Un mince filet de sang serpente sur son délicat menton. La salivation reprend. Ses yeux me perturbent. Mes victimes ont toujours de la peur, de la frayeur dans leurs regards quand je m’apprête à leur ôter la vie. Certains me supplient quand ils en ont la force, quand leurs cordes vocales ne sont pas bloquées par l’horreur.  

Mais elle, ses yeux brillent ! Est-ce les reflets de la Lune qui donnent cet effet ? Non, il y a autre chose : elle sourit. Me prendrait-elle pour son sauveur ? Oui, c’est ça ! Cachez dans l’ombre, elle ne peut percevoir ce que je suis vraiment, un prédateur près à frapper, la faim comme motivation. D’un pas irrégulier, je m’approche. La lumière lunaire révèle mon visage déformé par l’envie de lui sauter à la gorge. Son regard ne change pas, bien au contraire, il s’illumine.

Un sentiment de mal être me gagne …Quelle est donc cette créature aux yeux luisants qui me regarde avec autant d’avidité que les miens. Voilà qu’elle me tend les bras. Son sourire ne s’efface pas, il s’élargie. Comment une proie peut-elle ainsi réagir ? N’importe quel humain, ou animal, aurait tenté de fuir, de sauver sa misérable vie sans intérêt. Alors pourquoi ? La faim continue de me détruire. Cependant une force nouvelle, que je ne connaissais pas, me pousse à ne pas satisfaire cette envie. Je n’ais pas le souvenir d’avoir jamais éprouvé une telle sensation. Au lien de la faim, c’est un sentiment de protection qui commande. Je ne comprends pas. Je me sens divisé par deux forces opposées. Que faire ? Quel désir assouvir ?  

J’entends sa voix. Elle m’appelle, me remercie. C’est du bonheur et de la gratitude qui sortent de ces lèvres ensanglantées. Ses bras m’incitent toujours à la rejoindre. Serait-il possible que je sois en train de rêver ? Aucun songe n’a accompagné mon repos depuis des siècles. Non ! C’est la réalité. La soif est trop persistante.

 

            La Lune l’éclaire. Jamais encore mon inséparable compagne n’avait ainsi mis en valeur une seule de mes victimes. Les rayons lumineux semblent bien pâles en comparaison de sa beauté. Ses cheveux sont aussi sombres qu’un nuage de pluie. Ses traits sont dignes des plus belles Vénus.

Je m’approche. Quand elle se trouve à mes pieds, c’est toujours le même bonheur qui émane de tout son être. Je comprends alors : elle est heureuse d’être ma victime, elle souhaite disparaitre. Une suicidaire. L’usine, les hommes, la pauvreté. Bon motif pour se donner corps et âme.

Quand je pose mes mains griffues sur son cou et son visage, une chaleur nouvelle, que j’ignorai, pénètre en moi. Jamais encore une chose pareille ne s’était produite. La chaleur avait toujours eu pour source le sang, jamais la peau. Cette fille n’est pas normale. Ce n’est pas un humain ordinaire. Avec mes mains raides, je caresse ses joues, son front. La tiédeur est partout. Je la dévisage un instant. J’aimerai comprendre cette anomalie. Mais je ne le peux pas. Tandis que je lui tiens sa petite tête d’enfant, la tiédeur se diffuse dans mes poignets puis dans mes avant-bras. 

Je l’aide à se relever. Ses yeux reflètent la lune, ils brillent toujours ; son sourire semble encore s’élargir. Cette chaleur anormale émane de tout son être. Cela m’apaise. Je la sens entrer en moi, elle apaise ma faim, ma soif. Jamais la terre de mon cercueil ou mon amie céleste n’avait réussit à provoquer un tel soulagement. Comme cela m’apaise. Cette sensation ressemble à une caresse du soleil. Oh, j’ignorais que je me souvenais de ce bien-être.

Doucement, comme si elle avait perçu mon malaise, la belle se blottit contre moi. La douceur étrange de son corps pénètre l’ensemble de mon être. Je la serre contre moi, la chaleur me relaxe. L’ensemble de mes muscles perpétuellement crispés se détendent. Depuis que je suis mort, cela n’était jamais arrivé.

Quel plaisir ! Quel bienfait ! Je me sens en paix pour la première fois depuis des siècles. Je ne sais pas comment cette enfant peut produire cela, mais il ne faut pas que je lui ôte la vie. Il faut que je la conserve, que je l’a mette à l’abri. Je veux que cette chaleur continue à me soulager.

Je lui demande son nom.

            « Greta ».

   

 

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 20:38

D'abord, je tiens à remercier Marie-Danielle Merca pour sa relecture et les conseils qu'elle m'a donné.

Ensuite, cette nouvelle est "inspirée" par une histoire que je n'écrirais probablement jamais faute de temps ! Je pense que j'ai réussi à virer pas mal de fautes, mais je garantie rien vu ma nullité.

J'espère que ce texte vous plaira. Bonne lecture

D'autre de mes écrits (dont mes histoires) sont disponible sur Plume Imag'in Air.

 


L’héritage

 

 

«  Il y a bien longtemps, dans un pays pas si lointain, vivait un roi. C’était un homme bon et jute. Il ne craignait pas ses ennemis car il était entouré d’une armée de soldats forts et loyaux. Son plus fidèle général était un de ces amis d’enfance. Ensemble, ils avaient affronté maints dangers. Ce noble monarque aimait son peuple et ce dernier le lui rendait bien. Pendant des années, le souverain n’avait jamais pris par aux nombreuses guerres qui ravagèrent les royaumes voisins.

Le jour où le roi prit femme, la population en liesse fêta l’événement pendant des mois. Bien que le mariage fût heureux, aucun des enfants ne parvint à l’âge adulte.

           

Avec le temps, le noble souverain se préoccupa de son héritage. A qui devrait-il laisser les rênes de son royaume quand la Mort viendrait le chercher ? Fils unique, il n’avait plus aucune famille proche. Ses beaux-frères n’étaient pas des personnes de confiance, le pouvoir les grisait encore plus que n’importe quel alcool. Parmi ses amis, certains auraient pu prendre fièrement sa suite. Mais comment être sûr que son successeur serait un bon roi ? Qui prendrait  soin de son peuple ? Ces questions finirent par empoisonner la vie du monarque à tel point qu’il n’en dormait plus.

Sur les conseils de sa femme, le roi se rendit dans les temples des Dieux des Cieux, de la Terre, de la Mer et des Enfers. A chaque visite, les oracles lui énoncèrent la même chose : concernant l’avenir, il ne pourrait jamais être sûr de ce qu’il se passera.

Malheureusement, ces réponses ne l’apaisèrent pas. Elles ne firent d’augmenter son angoisse de voir son peuple sous le joug d’un homme mauvais. Aucuns souverains ne souhaitent laisser ses sujets dans la misère. Il se lança dans des recherches avec le soutien de quelques érudits, pour trouver une solution à ses angoisses. Là encore, rien ne lui permit se faire un choix.

Un jour, une idée lui traversa l’esprit. Et si la meilleure solution pour épargner à son royaume un triste sort était qu’il ne quitte jamais son trône ? En tant que roi, personne ne pourrait lui reprocher sa position. Un peuple aimant et reconnaissant était aussi le meilleur soutient pour son règne.

 

Ses études se tournèrent alors vers le moyen d’obtenir une vie sans fin. Il parcourut moult bibliothèques, lut des centaines d’ouvrages. De nombreux sages lui vinrent en aide. Dans les contrées voisines, les tyrans ou autres despotes se montrèrent inquiets de telles recherches. Elles les rendaient également envieux. Mais le bon roi mit tout en œuvre pour qu’aucune des informations ne quittent son royaume.

Après des années de compilation, le monarque comprit qu’il n’y avait qu’un seul moyen d’échapper à la Mort : il fallait devenir l’égal des Dieux. Pour cela, il lui fallait descendre le monde souterrain, territoire d’Hadès, et rejoindre le Jardin des Hespérides. Là, il y trouverait les Pommes d’Or. Ce sont ses fruits qui feront de lui un être éternel.

Malheureusement, parvenir en ce lieu n’est pas chose aisé. Il faut d’abord trouver un passage qui mène un mortel à la frontière du Royaume des Morts. Puis trouver un paiement correct pour que Charon, le Nocher des Enfers, conduise son client sur les rivages du Jardin. Une fois à destination, le gardien des fruits, Ladon, doit être vaincu. Mais c’est une erreur de croire que tout est fini une fois que l’on procède une pomme. Il faut  une nouvelle fois convaincre le Nocher de nous ramener vers la sortie. C’est seulement une fois à la surface et le globe doré ait été consommé qu’il est possible d’obtenir la vie éternelle.

 

            Le roi ne fut nullement effrayé par toutes les épreuves qui l’attendaient. Son peuple lui donnait la force nécessaire. De nombreuses personnes, sa femme, son plus fidèle général lui conseillèrent de renoncer à cette folie. Nul ne peut échapper à son destin. Le souverain ne voulut rien entendre. Il conduirait son royaume vers une paix perpétuelle, ses sujets  seraient à jamais heureux.

Sans attendre, il rassembla ses affaires. Bien que la jeunesse l’ait quitté depuis quelques années, le roi savait que son expérience et son savoir lui permettrait de surmonter les épreuves. Jamais son esprit ne s’interrogea sur le fait qu’il ne pourrait pas revenir laissant, son peuple dans la plus grande misère.

C’est seul, sans escorte, qu’il quitta son palais. Il ne lui fallut que quelques jours pour trouver une grotte assez longue et profonde qui le mènerait aux Enfers. Le monarque ne put percevoir le moment où il franchit le voile qui séparait les deux mondes. Après une longue descente,  avec pour seul éclairage une torche, il arriva sur les bords rocailleux du Styx, fleuve qui marquait l’entrée du Royaume d’Hadès. Les âmes des morts attendaient paisiblement que Charon viennent les chercher.

Quand le Nocher se présenta, le roi vint à lui. Si le navigateur acceptait de le conduire au Jardin des Hespérides, il lui offrirait dix oboles. Ce dernier ne refusa pas son offre. Ensemble, ils parcoururent le Styx, puis l’Acheron avant de parvenir sur les rivages espérés.

Il n’y a pas de mots pour parler de cet endroit. Les légendes racontent seulement que c’est l’endroit le agréable du Monde : nul besoin de travailler, tout est offert par les arbres et le sol. Le souverain remercia le passeur qui s’en alla sans dire mots. Doucement, il s’éloigna avec sa gondole.

La plus grande difficulté était à venir : affronté le gardien, le serpent Ladon. Mais le roi valeureux était un fier et puissant guerrier. La lute fut longue et d’une extrême violence. L’animal était puissant et féroce, le roi rapide et expérimenté. Les deux adversaires firent preuves de ruse pour tenter de piéger l’autre. Le Jardin fut mis sans dessus dessous, mais il se régénérait aussitôt.  Après des heures de souffrances, le serpent fut terrassé, par un coup merveilleusement placé dans sa mâchoire. Mais le vainqueur ne s’en sortit pas indemne. Il perdit deux doigts de sa main gauche. Fatigué mais heureux, le monarque récupéra une pomme d’or qu’il mit à l’abri dans une petite bourse en cuir.

            Il fallait maintenant regagner le monde des Vivants. Le roi appela Charon, pour que ce dernier le ramène à son point de départ. Dans cette perspective, il offrit une pleine sacoche d’offrande en guise de paiement. Mais le Nocher n’en voulut pas. Rien de ce que son passager lui proposait ne semblait satisfaire le gondolier. Le souverain, désespéré, le supplia de le conduire vers la surface. Charon ne céda point, il n’était pas un être doué de pitié.

Déterminer à retourner sur ses terres, le roi cessa les supplications pour menacer le batelier. Ce fut encore un échec. Une seule solution s’offrit à lui. D’un coup d’épée rapide, le souverain désarçonna le  capitaine de sa barque et s’enfuit avec l’embarcation.

            Fou de rage dans les eaux de l’Acheron, le Nocher des Enfers jura de se venger de cet affront.

           

            A la surface, le roi victorieux savoura sa réussite. Jamais homme n’avait été plus heureux que lui. Une avidité et un plaisir immense s’affichèrent sur son visage quand il dévora sa précieuse pomme. Dès qu’il l’eut avalé, il vit la Mort, ou plutôt, les Faucheuses qui le regardaient. Ces dernières semblaient agitées, en colère. L’un d’elle lui dit alors : vous êtes peut-être l’égal des Dieux, mais ne pensez pas que vous nous échapperez éternellement. Cette déclaration rendit le souverain hilare. Il lui quitta sous une pluie de rire méprisant.

 

            Quant il fut de retour dans son palais, tout le monde fut heureux. Les fêtes se multiplièrent. Les royaumes voisins vinrent rendre hommage à ce grand roi, ce demi-dieu. L’immortel souverain était fier. La joie de ses sujets était aussi la sienne.

Malheureusement, les choses ne durèrent pas. Et en quelques mois, le grand royaume de ce bon roi devint une terre que tous tentaient de fuir. Ce dernier sous prétexte de rendre ses sujets toujours plus heureux finit par tout détruire. Malgré sa disparition inexplicable, le bonheur ne regagna jamais ces terres. Elles ne connaissant que la misère et le désespoir, dirigées par des hommes avides de richesses et de pouvoir. »

 

« Grand-père, c’est Charon qui s’est vengé ? »

 

« _Personne ne sait. La fin de ce conte n’est pas encore écrite  mon enfant… Mais moi, je suis sûr d’une chose. C’est que le mauvais bon roi travaille encore dans l’ombre. Je sais aussi qu’un jour viendra où les Faucheuses couperont son fil de vie…Il ne reste plus qu’à espérer que ce jour arrivera vite. »

  

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 22:42

Voila ma participation au Challenge de Noel de Caliope.

http://i175.photobucket.com/albums/w127/xian_palpatine/blog/thumb_SnowPrincessAsleep.jpg

 


 

La  Dame Blanche et le Golem

 

 

            Depuis que je suis toute petite, on m’a toujours dis que j’avais une folle imagination. Au début, je pensais que cela était bien. Mais avec le temps, je me suis rendue compte que cette soit disant imagination était un poids. Un poids car les gens pensait que j’étais folle, que j’étais mal cuite.

Mais il y a une chose dont je suis sûre, c’est que je ne le suis pas. Je vois juste des choses que les autres ne voient pas.

 

            Enfant, à l’approche de l’hiver, mes parents et moi allions dans la forêt pour récolter du bois pour nous chauffer. Innocente, je  ramassais des brindilles sans prendre garde à ce qui m’entourait. Peu à peu, je m’éloignais de mes parents. Je finis par arriver dans un lieu qui m’était totalement inconnu.

Les arbres, de grands pins, avaient recouvert le sol de leurs épines. Entre ces pinacées, d’énormes blocs de roches verdis par les mousses formaient d’étranges formes aussi énigmatiques que sublimes. Je déposais mon lourd fagot pour les escalader, pour explorer cet endroit mystérieux. Et puis je l’ai vu. Là, couché sur le sol. D’aspect, il ressemblait à la roche qui l’entourait. Mais j’ai réussi à le distinguer, le Géant de pierre, le Golem comme on disait de par chez nous. Les légendes racontent qu’il barre la route vers les hauteurs de la montagne, là où vivrait la Dame Blanche, celle qui fait tomber la neige.

Allongé sur le dos, les bras le long du corps, il semblait dormir. Je parvenais à voir ses cheveux, longs stries creusés dans la roche, son front, son nez et l’ensemble de son visage, son cou, son torse, les lignes de ses jambes, et enfin ses pieds qui se dressaient vers le ciel. Lentement, je m’en approchais. Des sentiments contraires me parcouraient : j’avais peur, je voulais fuir, mais je voulais aussi le toucher, le découvrir. Sur son visage, nulles marques ne dessinaient des yeux ou des lèvres. Peut-être que la mousse, épaisse, me cachait ces détails.

Comme on me l’avait souvent dis, je crus d’abord que c’était mon imagination. Les rochers, lessivés par le temps, avaient finis par représenter des formes fantasmagoriques. Mais quand je posais ma main sur lui, la pierre était chaude. Titillée par ma curiosité, je lui grimpais dessus pour mieux le contempler. Debout sur sa poitrine, c’est une nouvelle fois son visage que j’observais. Il avait un gros nez triangulaire, bloc de pierre posé sur sa face grise. Une épaisse mousse maronnasse lui faisait une sorte de grosse barbe.

De l’autre côté de son corps, émergeait un chemin. Cacher par le Golem, il serpentait vers les montagnes où les neiges étaient éternelles. Je m’inquiétais en repensant aux légendes. J’eu envi de sauter, en direction des monts enneigés.

            Je restais un moment à suivre du regard le sentier. Un pas et un bond, c’est tout ce qui me séparait de la poudreuse blanche. J’avais l’impression d’être ailleurs, dans un autre monde.

Soudain, des cris me firent revenir sur terre. C’était mes parents. Ils devaient me chercher car j’avais échappé à leur surveillance puis éloigné.

Jetant un dernier coup d’œil vers les montagnes et le chemin, je bondis vers mon fagot de bois tout en répondant aux appels. Quand les parents m’eurent rejoins et qu’ils virent où je me trouvais, leurs visages devinrent blancs. Ma mère lâcha se qu’elle portait dans les bras, se précipita vers moi et me tira le plus loin possible du géant. Mon père avait pris une pose agressive, comme si quelqu’un allait nous attaquer. Je ne compris pas le comportement de mes  parents. Alors que nous quittions les lieux, laissant quelques fagots sur place, je me retournais pour voir une dernière fois le Golem. Il me sembla alors qu’il avait ouvert un œil, et qu’il m’observait.

 

            Dehors, il neige. Moi, j’ai grandi. Malheureusement. Dès que j’ai eu l’âge requis, je fus envoyée à la ville pour travailler. Je n’ai jamais pu revoir le Golem, les parents m’ayant formellement interdit de retourner vers cet endroit maudit. Personne ne me croyait quand je leur disais que, moi, je l’avais vu. Ils disaient tous que j’étais folle, ou que cela venait de mon imagination d’enfant.

 Aujourd’hui je rentre au village. J’ai froid et mon esprit est fade. Mes parent pensent qu’ils seraient temps que je me marie, je n’en vois pas l’utilité. De plus, qui voudrait d’une mal cuite. 

Lorsque j’arrivais à la chaumière, mon père, une hache à la main, s’apprête à partir. Je me précipitais et sautais, avec tout mon élan, dans ses bras. Ma mère apparait alors sur le pas de la porte, je l’enserrais aussi.

Ne ressentant pas de fatigue, je décidais d’aller avec mon père dans la forêt pour couper la bûche. C’est bientôt Noël. Et comme le veut la tradition, il faut aller couper une bûche pour ensuite la bruler. Cela doit apporter bonheur et abondance.

Pendant longtemps, nous avons marché à la recherche d’un arbre. Tout était blanc autour de nous, les troncs noirs se dessinaient magnifiquement sur le fond blanchâtre. Nous sommes finalement arrivés dans un lieu où les roches grises me rappelaient vaguement quelque chose. Laissant  mon père abattre un pin qui lui convenait, j’explorais les alentours. Des souvenirs m’assaillirent, j’étais déjà venu ici. Puis tout s’illumina. Le Golem gisait non loin. Je me précipitais, guidé par ma mémoire, vers l’endroit où il reposait.

Mais ce fut la déception. Il n’y avait plus rien. Plus un rocher, plus une mousse. Seulement un petit sentier, émergeant de nulle part, se dirigeant vers les montagnes glacées. Pendant un bref instant, je cru que j’étais folle, comme on me l’avait toujours dis. Puis je repris le contrôle de mes sentiments. Peut-être le Géant était-il parti ? Je restais donc là où il aurait du se trouver. J’attendis.

Au bout d’un certain temps, mon père, une énorme bûche ligotée dans son dos me rejoint. Il me demanda ce que je faisais debout à rien faire, droite comme un piquet. Je lui répondis que j’attendais le Golem. Il me rit au nez, ce qui me vexa. Il m’avoua alors que les villageois, effrayer par cette légende, étaient venu et avaient réduis cette roche anthropomorphe en poussière. De sa main, il dégagea la neige et tira une poignée de terre sombre qu’il me tendit. Ce n’était pas de la terre, hélas, mais du sable, ce qui restait du géant.

Je voulu pleurer mais je n’y parvins pas. Mon père remarqua cependant mon mal-être. Il insistât sur le fait que cela était mieux ainsi, qu’il était mauvais de croire en des êtres autres que ceux des Textes, que cela était juste. Je ne pensais pas la même chose.

Malgré mon envie de rester et de m’enfuir vers les sommets, je du me résigner à suivre mon père. Le froid était de plus en plus mordant et un vent glacé se levait. Cela n’envisageait rien de bon.

            Sur le chemin du retour, la tempête se leva. La tête penchée en avant pour percer les hurlements du vent, je perdis mon père de vue avant de me perdre tout court.

J’ai erré dans les bois et la neige. J’avais froid, mes membres s’engourdissant de plus en plus. Des pensées morbides parcouraient mon esprit perdu. Avec le blizzard, je ne voyais rien.

Je m’écroulais contre un arbre, tremblante de froid, épuisée. Les yeux embués, je tentais de réchauffés mes doigts gelés.

Soudain, alors que le sommeil me gagnait, je vis une silhouette sombre se dessiner dans le blizzard. Je voulu l’appeler, j’avais espoir que c’était mon père. Mais je n’y parvins pas, ma gorge était sèche. Elle passa au loin. Quelle tristesse. Je me remis à piquer du nez, l’envie de dormir et de partir vers la Mort m’appelait. Une dernière fois, avec le reste de mes forces, je relevais la tête dans l’espoir de voir quelqu’un ou mon père. Je l’aperçu une nouvelle fois, l’ombre. Celle fois-ci, elle se dirigeait vers moi. Un sentiment d’espoir me gagna. On venait m’aider, à mon secours.

Plus elle avançait, plus la silhouette se matérialisait. Ce n’était pas un homme. Il était bien trop grand, beaucoup trop grand. Les couleurs sombres, d’abord flous, se foncèrent. De la mousse mourante marron s’attachait à une roche grisâtre. Je le reconnue : le Golem.

            Se dressant devant moi, il me regarda de ses yeux de pierre pendant un instant. Désespérée, n’ayant aucune peur, je lui tendis ma main gelée pour le demander de l’aide. Il déploya ses deux longs bras dans ma direction. Ses grosses mains chaudes me soulevèrent du sol enneigé, comme si je n’étais rien d’autre qu’une simple plume. Me serrant fortement contre lui, me protégeant du vent, il se mit en marche. La chaleur de son corps me réchauffa. Je finis par sombrer dans le sommeil.

Quand je m’éveillais, je me trouvais dans une grotte, étrangement aménagé. Le géant, posé devant l’entrée faisait office de paravent. Il m’observait, enfin c’est ce qu’il me semblait. Il faisait chaud mais aucun feu ne brulait dans la caverne. Au fond, il y avait un lit. Ma curiosité me poussa à m’approcher.

Mon cœur fit un bon dans ma poitrine et je poussais un hurlement. Allongé, dans de superbes vêtements bleu et argent, un cadavre, la peau desséchée, semblait dormir. Ses cheveux sombres ondulaient sur un énorme cousin de plume, un diadème ornant son front. Je me retournai vers le Golem. De l’eau coulait de ses yeux. Pleurait-il ?  Malgré son état de momification, la femme (ses vêtements ne me laissaient aucun doute) conversait une étrange beauté. Doucement, je caressais ses mèches souples et lisses, puis je frôlais son diadème. A ce moment là, les vêtements et les bijoux ses désintégrèrent. Flottant dans l’air, la poussière vint m’entourer et me transforma. Une longue robe bleutée avec de nombreuses décorations bleues ou argentés recouvrit ma peau. Un somptueux manteau vint couvrir mes épaules. Sur mon front, le magnifique diadème ornait ma tête.

Je ne comprenais pas. Je me dirigeai vers le géant pour lui poser des questions, même si dans mon esprit je savais qu’il ne dirait rien. En avançant, de la neige apparut à la suite de mes pas. Dans un grand geste de bras, des flocons sortir de ma manche. Je me dis alors à danser. En moins d’une minute, toute la grotte était recouverte de poudreuse.  

            C’est alors que je compris. J’étais devenue la Dame Blanche, celle qui fait tomber la neige sur le haut des montages.

           

            Ce soir, c’était Noël. Je ne pouvais pas faire de peine à mes parents, à ma famille. Il fallait que je retourne à la maison.

Soulevant ma robe pour ne pas m’entraver, je me mis à courir de toutes mes forces pour redescendre au village. Il ne neigeait plus, le vent était tombé, comme si la nature avait reprit ses droits. J’avais l’impression de glisser sur les flocons. En quelques minutes, je fus sur le pas de la chaumière. Je poussais la porte, un grand sourire aux lèvres. Mais très vite, ce sourire quitta mon visage. Mes parents ne me voyaient pas. J’avais beau hurler ils ne m’entendaient pas, je tentais de les agripper ils ne me sentaient pas. Dans leur conversation, ils ne parlaient pas de moi, ils m’avaient oublié.

Dehors, sous une petite pluie de flocon fin et délicat, je me mis à pleurer. J’étais devenue la Dame Blanche mais j’avais perdu ma famille. Je jetais un dernier regard à la maison, la fumée de la bûche sortait en valsant de la cheminée, puis je partie erré dans la forêt.    

            Après de longues heures d’errance, mon chemin croisa celui du Golem. Doucement, il me tendit l’un de ces gros doigts de pierre. Il me guida vers le lieu étrange où je l’avais rencontré pour la première fois. A peine avais-je fais mes premiers pas sur le sentier, il se coucha là il avait presque toujours reposé. Comme le disait la légende, il gardait le chemin vers les montages enneigés de la Dame Blanche.

Emplie par la tristesse, je m’assis auprès d’un arbre. Sombrant dans mes pensées, je finis par m’assoupir.

Par Xian Moriarty - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Plume Imag'In Air
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  • Le Clan de Prague (T.02 des Yggardiens)
  • Réécriture de Novgord (T.01 des Yggardines)
  • Le cabinet des Merveilles (T.04 de Macha)
  • "Tuerie Littéraire avec SCP

 

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